Boa

Je voulais rester dans la salle d’attente. Essayer de sentir le temps passer. De le voir sous ma peau.
Mes pas vers l’escalator. Incontrôlables.
Le train qui part déjà.
Ce ciel bleu, imperturbable, comme un rappel incessant de l’inéluctable.
NO ESCAPE.
J’ai écouté un album sorti sur un net-label ukrainien:

Nuages d’hier

Je regarde les nuages, fixement.
Les gris se déforment comme des dragons au dessus des barres d’immeubles.
Les blancs pouffent de lumière alors que la pluie commence à fouetter la vitre du train.
L’entreprise me semble hors du monde.
Les nuages sont le monde.
L’entreprise ne voit même pas les nuages.

Je n’ai pas de photo.

Je découvre qu’il y a un film japonais de 1996 qui a ce même titre, "Nuages d’hier".

C’est inutile, les nuages ne sont plus là.
"On n’ira pas le voir" m’ont dit mes collègues quand j’ai tenté de raconter "L’étrange petit chat" à la cantine.
Oh il y aurait sans doute beaucoup à redire à ce film. Mais c’est un film qui cherche les nuages. Un film dont les dialogues sont équivalents aux scénettes audio diffusées en cours d’allemand au collège. Parce que le but est de faire ressortir tout le reste: les bruits du quotidien et l’âme des objets ou des animaux qu’ils peuvent véhiculer. C’est un peu forcé, un peu caricatural, un peu raté, mais les nuages sont là. Comme vue de l’esprit, au moins.

L'étrange petit chat

Brainbombs "Disposal of a dead body"

Brainbombs

Des mots, des images, des attitudes…qui ne passent pas. L’ombre qui grandit sur un mental se fissurant à mesure que l’on se rend compte de l’indifférence. De la sombre indifférence de nos semblables à ce qui remue nos entrailles. Brainbombs se pose sur ce silence avec tout ce que cela peut susciter comme inquiétude. Prendre cette place si dangereuse, crête saillante de nos pensées noires. Le groupe malaxe une bile épaisse de noise-rock cylindrique qui déroule sur nos esprits confus des torrents de cette aigreur qu’on préfère parfois ignorer. De cette aigreur dont seuls les artistes les plus équilibristes parviennent à faire réellement quelque chose. De cette aigreur piétinée, saccagée par les politiques et souvent indomptable pour les philosophes alors même qu’elle est à la source des questionnements les plus profonds. Brainbombs cherche ces résonances, complexes, avec un monde-enclume. La tête sur le béton froid. La tête sur le métal. Scruter les aspérités puis créer le mouvement plutôt que d’attendre la réaction. Explorer les rivières du mal, les faire scintiller de mille feux d’artifices comme les pires guérisseurs afin de ressentir jusque dans son eau, la boue qui frémit dans l’âme fragile. Remuer des montagnes de déjections pour comprendre réellement ce qu’on transforme, ce qui se recycle, se réincarne. User la surface avec une énergie extrême pour espérer faire vaciller le cosmos et apparaître le flash du souffle originel. Le si fragile souffle-vérité qui se cache dans des infinis de gris, de vert, de sable, d’eau, d’hommes qui nous assomment, nous étouffent ou nous noient. Le seul faible repère dont nous disposons est la trompette. Un instrument aussi fou que fragile. Et oui, seul le fou connaît le chemin. Mais personne ne le comprend, personne ne l’écoute et il ne se comprend pas lui même. C’est Cato, c’est Didi. C’est celui qui ne sait plus qu’il sait. C’est le summum de l’indifférence, le mur, l’enclume ultime. Il n’y a plus que la wah wah pour liquéfier ce bloc, la trompette pour recréer les étincelles d’un passé dévoré. Dans cette quête épuisante, le groupe s’accorde parfois des respirations, des aérations, des répétitions, des échos, de la lenteur, de la simplicité. Sans jamais perdre l’intensité qui le caractérise. "Disposal of a dead body" est sombre, brutal, radical, essentiel.

Helice Navaja (Conflits Taciturnes)

Nouveau mix avec entre autres Fright Eye, Die Schacht, Sasha Go Hard, Half High et Lesa Aldridge.

Et ces quelques mots de James Ensor:

"Parfois des côtes dures, des lames de fond et de tréfond, des banquises chargées d’ours bourgeois, des phoques-peintres suitant l’huile de foie de morue, des sirènes en toc, des merlans miaulant, des critiques d’art chétifs choucroutés, mal digérant, j’ai dû manœuvrer envers et contre tous : vents contraires ou alizés, marées d’équinoxe, courants chauds, courants froids, mais jamais tempérés. Que de misères entrecoupées d’arc-en-ciel consolateurs. Que de peines joyeuses. Que de joies mélangées !"

Grosse fatigue

Par delà l’alternance prosaïque/poétique, trouver le rythme. Ne pas oublier les oiseaux exotiques empaillés. Chercher la source. Penser aux Last Poets.

Ce qu’il manque: exploser un par un tous les cadenas de tous les ponts de Paris.
Parce que l’infini commence par la fin de l’accumulation et du graal de l’émotion.

"Grosse fatigue" de Camille Henrot. C’est en ce moment à Paris.

Cate Le Bon "Mug Museum"

Cate Le Bon "Mug Museum"

C’est son troisième album, sorti en Novembre dernier. Elle est galloise, installée à Los Angeles. Découverte cette semaine. C’est bon, on peut en parler? C’est de la pop, les enfants. La guitare scintille comme un miroir qui traîne sur un voilier, en plein soleil du Pacifique. La voix porte toute la mélancolie d’un coup de vent de son pays d’origine. Les compos sont tellement parfaites que ça pourrait devenir terriblement suspect. Mais non. "Are you with me now?". Il serait temps. Pour accompagner ce morceau, il y a une photo de quelqu’un – sans doute elle – en train de faire de la poterie. Je ne sais pas si j’ai dit que cet album était sensuel mais bon, vous l’avez votre transition. Elle se tord le cou avec des notes qui s’envolent et aime se perdre dans les méandres de mélodies sinueuses qui descendent aussi à l’occasion au troisième sous-sol. Des intonations sixties baroques qui ne devraient pas déplaire aux amateurs de Left Banke et Os Mutantes. D’autant que l’enregistrement est très maîtrisé: un son de guitare aussi affuté que les couteaux d’un boucher bougon un dimanche matin et des touches de synthé, piano, saxophone et clarinette savamment distillées au sein de compos aussi denses qu’intenses. Bref, ce "Mug Museum" est un sans faute. De quoi boire la tasse?

Mix pour Sonic Protest 2014

Sonic Protest 2014

J’ai fait un mix pour le festival Sonic Protest dont la dixième édition se tiendra du 4 au 13 Avril. Très belle programmation avec entre autres Fontaine/Belkacem, Mammane Sani, Albert Marcoeur, Phil Minton, Anla Courtis, Unas, Merzbow et même des artistes SDZ et Crudités (The Rebel, Èlg, The Spectrometers). A ne pas manquer!