Eastlink "Mullum Mullum"

EastlinkEastlink "Mullum Mullum" LP (In The Red)

Voilà un moment que je rumine ce disque, que j’admire sa construction, son engagement. Des australiens, ça ne vous suprendra pas, les meilleurs groupes du moment viennent de là-bas. Une nouvelle fois la composition du groupe est le symbole de l’effervescence musicale actuelle aux antipodes: un Al échappé de Dick Diver/UV Race/Total Control, un Ben qui joue aussi dans Repairs, un Lee qui joue aussi dans Lakes ainsi qu’un Zephyr et un Johann dévoués entièrement à la cause Eastlink. Les présentations sont faites, attaquons. Attaquons fort même avec le morceau "What a silly day (Australia Day)", une brûlerie stoogienne sale et désabusée, refrain minimaliste en lalala, solo fouettard et un bon gros "burn the flag" pour finir. S’en suit un "Gina" psychedelico-bruitiste qui chatouille l’échine avec insistance. Les déviances ne s’arrêtent pas là puisqu’on glisse alors dans le troublant instrumental "Dinner chat" ("why’d you say that" précisent-ils dans l’insert), une longue montée dans les strates de l’esprit qui semble construite autour des inépuisables rondes d’une mouche en quête de m….. On se fraye un chemin dans les interférences, on frise du larsen sous
un soleil de plomb jusqu’au cliquetis du locked groove de notre imaginaire. On flip et le sax souffle-introduit un morceau de désaxé, "Over Time", du scabreux dans les arrêts de jeu, du sursis avant le vol plané dans le ciment frais. S’en suit une ébouriffante descente tout en deux-accords mineurs et un détour dans une arrière-cour parcouru de spasmes d’antiques boîtes à rythme. Du rythme justement, il y en a beaucoup sur "Spring Street", une marche sauvage pour aller faire tomber des têtes à Canberra. "Thatcher’s dead" qui clôt le disque tout en accord lâchés à la poursuite d’un
monde qui s’enterre lui-même est beau comme la tête de Margaret qui roule sur l’échafaud. Voilà un groupe qui déchire la toile du monde de sa plus belle lame. Le couteau n’est plus à "mi-chemin de ses rêves".

La vérité dans les vasques

oscarmunoz

Je ne saurais trop vous conseiller l’exposition consacrée à l’artiste colombien Oscar Muñoz au Jeu de Paume (jusqu’au 21 Septembre). Son travail "protéiforme" (pour citer le terme officiel) mélange allègrement photographie, gravure, dessin, vidéo, sculpture, installations. Ses oeuvres représentent une réflexion poussée sur la photographie, la mémoire des images, la mémoire tout court, le temps, la disparition, la fragilité permanente de notre présence au monde. Pour ce faire, Muñoz fait preuve d’une ingéniosité incroyable, multipliant les procédés novateurs qui font parfois apparaître fugitivement des silhouettes ou des visages souvent menacées par l’eau, élément aussi incontournable que symbolique. Impressions sur eau, sur des rideaux de douche, portraits révélés par le souffle du spectateur…Muñoz nous implique souvent dans son univers et nous interroge sur notre rapport aux images, à la brutalité des villes, à l’éphémère, à la disparation.

La disparition est une réalité: tous les jours le temps transperce nos cellules et, plus tristement, tous les jours les paradigmes de développement des pays industrialisés s’avèrent un peu plus désastreux. Sur ce point et malgré tous les discours et bonnes intentions, l’inévitable inertie des systèmes assure notre perte. La disparition est là, inscrite dans nos corps et dans notre Terre. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut rien y faire…

Ruse Marsupiale

rusemarsupiale

Mort dans un accident de la route le 23 Juillet 2014 après avoir conduit "sous l’empire de la cocaïne" sur une dangereuse route côtière italienne, DJ Odontologie Illégale écoutait ce mix avant le moment fatal…

Sur le siège on a retrouvé un livre de Norge ouvert à la page de "J’écoute brouter à Lupetière":

"L’imbécilité de l’herbe.
L’intelligence de l’herbe.

Les lentes bêtes brouteuses.
Rien. Le temps. Les vaches. Rien.

L’imbécilité, la lente
Intelligence de l’herbe.

Rien. Le temps. Les vaches. L’herbe
Et sa lente intelligence."

Look Mom, No Gun!

Outre le flow remarquable de Bobby Shmurda, des "parrains" opportunistes et une danse virale, qu’est-ce qui vaut à cette vidéo des millions de vues? Peut-être le fait que les armes ne sont que dans les paroles et plus dans les images. Baby step vers l’imaginaire? Ruse du marketing en embuscade? Nous aimerions croire en la première hypothèse. Bobby aime danser. Ses mains dansent et sculptent les gestes liés à un objet hyper-banalisé qu’il a décidé de ne pas inclure car il ne garantit plus la virilité nécessaire à sa street-credibility. Oui, d’accord, il est probable qu’il n’a rien à faire de tout ça. Mais laissez-moi poursuivre. Il veut remettre du mouvement. L’attitude n’est pas un mouvement. Ce gars a trop vu la rue, il vise la caméra mais ses bras montent vers le ciel. Ses mouvements décrivent une ascension. Il y croit. L’imaginaire n’est pas sur la ligne d’horizon. Le futur qu’il veut n’est pas là. Son territoire est devenu aérien, mental. C’est un changement majeur. Son premier pas d’artiste.

Le bateau, n’importe lequel

On se croise comme des ombres. Il n’y aurait que la volonté pour nous rendre visibles. Mais la volonté n’est-elle pas un énième faux-semblant? L’ère est à la simulation et la dissimulation, on en a déjà parlé ici. Et la volonté, on en reparlera, là je ne veux pas.

J’aurais pu vous causer de mon déménagement. Mais non, ça n’a pas d’intérêt.

Je ne mettrai donc que ce morceau que j’écoutais dans le train ce matin:


Trente minutes plus tard, il y avait un train pour Marseille. Après j’aurais pris le bateau. N’importe lequel.

Brûle encore

Flamme éternelle

Il est presque 21h. Au bout de l’ennui, flamme éternelle.

Des pneus, beaucoup de pneus. Pour délimiter les pièces de notre imaginaire, celui qui s’ouvre devant nous dans cet espace brut où les questionnements les plus profonds comme les plus légers sont affichés, scotchés, placardés. L’espace est immédiatement disponible sans aucune "post-" prétention avec la simple et brillante volonté d’ouvrir les possibles, de raviver la fragile flamme de notre présence au monde. Pour envoyer un signal insimul.

Faciliter l’errance, la divagation des esprits. Des livres. Des gens qui lisent des livres. Des films. Des gens qui regardent des films. Des flammes. Des gens qui regardent des flammes. Du carton. Du polystyrène. Pour déménager nos pensées au plus vite. Un bar. Pour précipiter les regards et les mots. La chimie du lieu est magistralement triviale.

Un journal est fabriqué sur place tous les jours. Le besoin de créer devient vital, naturel. Et c’est là que la table se renverse: ce besoin est venu avec presque rien. Pourquoi n’avons nous plus ce presque rien? Pourquoi a t-on aujourd’hui tant de mal à explorer les parois de notre existence? Sans poser les questions nous ne trouverons pas les réponses, les résonances, l’en-vie.

Sorti 2 heures plus tard ou peut-être 2 ans. La vive impression d’avoir été hors du temps. Que le temps ne coule plus de la même façon dans mes veines.

Jusqu’au 23 Juin. Au moins. Merci Thomas Hirschhorn.