Look Mom, No Gun!

Outre le flow remarquable de Bobby, des "parrains" opportunistes et une danse virale, qu’est-ce qui vaut à cette vidéo des millions de vues? Peut-être le fait que les armes ne sont que dans les paroles et plus dans les images. Baby step vers l’imaginaire? Ruse du marketing en embuscade? Nous aimerions croire en la première hypothèse. Bobby aime danser. Ses mains dansent et sculptent les gestes liés à un objet hyper-banalisé qu’il a décidé de ne pas inclure car il ne garantit plus la virilité nécessaire à sa street-credibility. Oui, d’accord, il est probable qu’il n’a rien à faire de tout ça. Mais laissez-moi poursuivre. Il veut remettre du mouvement. L’attitude n’est pas un mouvement. Ce gars a trop vu la rue, il vise la caméra mais ses bras montent vers le ciel. Ses mouvements décrivent une ascension. Il y croit. L’imaginaire n’est pas sur la ligne d’horizon. Le futur qu’il veut n’est pas là. Son territoire est devenu aérien, mental. C’est un changement majeur. Son premier pas d’artiste.

Le bateau, n’importe lequel

On se croise comme des ombres. Il n’y aurait que la volonté pour nous rendre visibles. Mais la volonté n’est-elle pas un énième faux-semblant? L’ère est à la simulation et la dissimulation, on en a déjà parlé ici. Et la volonté, on en reparlera, là je ne veux pas.

J’aurais pu vous causer de mon déménagement. Mais non, ça n’a pas d’intérêt.

Je ne mettrai donc que ce morceau que j’écoutais dans le train ce matin:


Trente minutes plus tard, il y avait un train pour Marseille. Après j’aurais pris le bateau. N’importe lequel.

Brûle encore

Flamme éternelle

Il est presque 21h. Au bout de l’ennui, flamme éternelle.

Des pneus, beaucoup de pneus. Pour délimiter les pièces de notre imaginaire, celui qui s’ouvre devant nous dans cet espace brut où les questionnements les plus profonds comme les plus légers sont affichés, scotchés, placardés. L’espace est immédiatement disponible sans aucune "post-" prétention avec la simple et brillante volonté d’ouvrir les possibles, de raviver la fragile flamme de notre présence au monde. Pour envoyer un signal insimul.

Faciliter l’errance, la divagation des esprits. Des livres. Des gens qui lisent des livres. Des films. Des gens qui regardent des films. Des flammes. Des gens qui regardent des flammes. Du carton. Du polystyrène. Pour déménager nos pensées au plus vite. Un bar. Pour précipiter les regards et les mots. La chimie du lieu est magistralement triviale.

Un journal est fabriqué sur place tous les jours. Le besoin de créer devient vital, naturel. Et c’est là que la table se renverse: ce besoin est venu avec presque rien. Pourquoi n’avons nous plus ce presque rien? Pourquoi a t-on aujourd’hui tant de mal à explorer les parois de notre existence? Sans poser les questions nous ne trouverons pas les réponses, les résonances, l’en-vie.

Sorti 2 heures plus tard ou peut-être 2 ans. La vive impression d’avoir été hors du temps. Que le temps ne coule plus de la même façon dans mes veines.

Jusqu’au 23 Juin. Au moins. Merci Thomas Hirschhorn.

Il nous faut des chiens, beaucoup de chiens

Chiens

C’est Jean-Luc Godard qui parle. Paraît qu’il faut l’écouter. Oui. Et si je comprends bien, il nous faut des chiens, beaucoup de chiens. Un million pour les palestiniens, un million pour les israéliens. Et puis pour tout le monde en fait. Un bon paquet en France, sûrement. Pour le lien social, vous voyez.
On ne parle pas des déjections canines, hein, c’est pas le moment. Ni des aboiements, vous voyez ce que je veux dire, je pense qu’il y en a eu assez là.
Donc si on résume: au bout de l’ennui, des chiens, du lien.

On avance, non?

 

En nuit, en vie

On navigue entre recherche foireuse et pessimisme global. Voilà qu’on essaye de nous faire croire que l’hypocrisie "honnête" (sic) est un "pilier de l’ordre social". C’est à dire que le fameux "vivre ensemble" serait dépendant de la – plus ou moins honnêteté – de nos comportements hypocrites. Bien sûr une telle "analyse" ne peut aboutir qu’à un pessimisme extrême où l’humain, vidé de sa substance, ne cherche plus à comprendre quoi que ce soit et ne fait que subir. Cela justifie l’orchestration des peurs et la supposée généralisation de la mauvaise foi (érigée en valeur subversive par des décérébrés qui croient faire renaître la "contre-culture"). On s’invente des schémas d’analyse complètement déconnectés du réel où les concepts les plus galvaudés sont enchaînés avec un aplomb tétanisant. Il y a là un contentement qui n’est que facilité et accumulation. La production de connaissances, le processus même d’intellectualisation est perverti par une vision complètement déformée, une sorte de misérabilisme moral de pacotille, entretenu par une poignée d’"experts" désespérément creux et shootés aux saillies médiatiques.

En lieu et place de la mauvaise foi, est-ce qu’il ne faudrait pas défendre l’ennui? L’ennui porte en lui tellement de possibles. L’ennui, face sombre mais ô combien nécessaire de notre vie sociale. L’ennui qui ouvre des horizons, des en-vies.

Morts ou presque, il ne nous reste qu’à chercher dans l’art des échos de vie? Là encore, la prétention poétique dérape souvent dans des boursouflures risibles ("Je me souviens encore étudiant à Metz, avoir partagé un moment inoubliable avec John Cage dans un festival de musique contemporaine. Il nous avait donné rendez-vous un dimanche matin au buffet de la gare et il nous a demandé de bouger les chaises. C’était fantastique. Entre ceux qui en faisaient trop, qui traînaient lourdement les pieds des objets et ceux qui bousculaient à peine un dossier, c’était vraiment la mesure du monde, le tout avec les annonces de trains qui partaient, les clients qui se moquaient et John Cage qui souriait, j’en jubile encore !!!"). La tentative – qui est rarement présentée comme telle – reste fréquemment empêtrée dans un discours dégôté sur l’étagère commune, celle des hypocrites un peu honnêtes et toujours sûrs d’eux.

Il n’y a pas toujours de règles sur étagère, il n’y a pas toujours de diffuseur recommandable, il n’y pas toujours la nuit pour l’ennui, il n’y a pas toujours l’hypocrisie pour vivre ensemble.
Il y a aussi la liberté. Pas celle qu’on crie sur les toits, celle qu’on malaxe de l’intérieur, celle qui permet encore, parfois, de marcher ou de respirer.

J’arrête là le verbiage. Je mets un peu de musique.

Soleil mort, je sais ce que tu as fait

Dans cette photo, elle regarde sa soeur. Je vois son regard, il est différent de son regard habituel. Dans ses yeux, quelques poussières d’humanité. Ce qu’il reste. Ce qu’il nous reste. Les yeux ne s’ouvrent plus sur le réel. Les yeux sont morts sur le soleil. Dans un ascenseur, soleil mort, je sais ce que tu as fait. Dans l’angle mort, la terre te regarde.
Tu n’es pas Violette N., René Crevel n’a pas écrit pour toi ces quelques mots:

"Une haute flamme noire danse plus haut que l’horizon et l’habitude"

Non, tu es le soleil mort mais tu danses aussi.

Un peu plus, pour que les yeux s’ouvrent encore.

Apprendre l’allemand en secret

Le ciel s’écarte devant le marbre bleu. Trouble toujours. Quand on fait le tour de la question. On descend sur toi. On descend sur toi. Des branchages cachent ton visage. On ne se voit pas, on sent nos intestins. Je reviens sur ta dernière selle, pas acceptable. Miroirs de crachoir pour t’exercer à rendre ton coeur. Un gros morceau rouge qui partira chez le boucher. Notre viande se consume. Et si seulement. C’est désespérant, jamais d’espoir. Un crâne dans un bowling. Crâne. La terre, une quille. La quille pour qui, pour quoi. Il en reste toujours, du temps, dans les interstices. Comme du sable. Ah tu y penses le sablier hein. Et bah moi, non pas du tout, rien à foutre. Rester debout? Pour quoi faire? Pour te pisser dessus? Et si seulement. Tu glisses sur la joie commune. Toujours un temps d’avance. Toujours une pensée pour le sable qui va rester. Les petits morceaux. Les petits restes. Immobile, tu as peur. Sentir le temps passer dans ton ego. Sentir le désir s’évanouir. Sentir le corps qui meurt. Avant ton esprit. Des petites cellules de prison qui se détruisent, sans pour autant te libérer. Il en reste tellement. Il en reste toujours. Tu sens encore la pisse. Cette invisible pente descendante. Ah tu crois que là haut tu peux l’éviter? Au dernier étage? Non, cette pente est pour tout le monde. Même si tu parles en italien. Même si tu sens le chien. Même si tu as beaucoup d’amis. Même si tu écoutes de l’electro. La chair s’étrangle déjà du plaisir de se détruire, blême, livide. Un corps, un drap, on ne sait plus. La tombe. Ils te téléphonent déjà. Ils veulent avoir de tes nouvelles, savoir si c’est pour bientôt. Enfin. Parce qu’on se demande vraiment. Quand ça va arriver. Ce qu’il faut faire pour ne pas faire que des choses en attendant mais aussi des choses qui permettent de ne pas y penser. De ne pas y passer. L’indifférence, l’hyperactivité, l’hyper-salivation, l’abondance, la surabondance. Manger, bouger? Une balle dans un estomac plein. Le hamac de l’illusion permanente. Ah la désillusion, ça non jamais. Ne jamais s’inquiéter en public. Apprendre l’allemand en secret.