Plinthes

Retrouver le chemin des mots
Petits cailloux de lettres
Premières voyelles, quelques consonnes
De manière insistante
Ne pas répondre ou à travers la porte
Dériver lentement sur la moquette imaginaire
Scruter les plinthes et les plafonds
Les recoins, les cartons
Pousser des cris, se découvrir des sons
Comme une renaissance des sens sur un tas de non

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Do Yourself a Favor

Je regarde les veines sur sa cheville pendant qu’elle lit un livre sur l’intestin. Puis il y a cette femme dont l’âme semble vouloir être le plus loin possible de son visage. Un peu plus loin c’est ce goudron dans une cour d’école qui craque, se fêle et fait des bosses sous les coups de racines d’un arbre. Et ces vêtements sortis d’un sac poubelle, là, sur le trottoir. Ou encore ce glaviot qui semble fluorescent. C’est avec tout ça et des pensées qui filent que j’oublie ce qui me contrarie, ce qui m’épuise. Et cette chanson d’Ariel Pink:

Vallée de Misère

Il y a trop de soleil sur mon écran, je ne peux plus travailler et ça m’arrange bien. L’entreprise organise la destruction mentale. Elle n’est que manipulation. Je ne suis ni substance ni instrument. Je ne crois à rien de ce qu’ils proposent. Je lis (ailleurs): « I am very enchanting of your mystical so lovely letter. Je fous tout ce qui me plaît par la fenêtre. ». Et j’approuve. Je lis: « Le lieu nommé vallée de Misère était situé à l’ouest du grand Châtelet, au dessus de la partie est du quai de la Mégisserie, autrefois quai de la Vallée de Misère, au bout de la rue Pierre à poissons et autour de la rue Trop va qui dure, ou rue de la Descente de la Vallée de Misère. ». Et j’ai envie d’y aller maintenant, là, en me retournant vers le soleil, en enjambant la fenêtre, en tombant d’un étage, en traversant la cour puis un bâtiment, puis une rue, puis d’autres. Misère et désolation depuis 1673, j’aurais dû me méfier.

Je vais mettre un morceau que personne n’a liké sur fb parce qu’au moins ici, il n’y a pas besoin de liker quoi que ce soit.

Rue du regard

Ciel laiteux aux teintes dorées
Pastel d’avion au loin dans un moment qui s’arrête
Des vrombissements ou peut-être un léger ronflement
La tête qui tourne, les oiseaux qui fondent
Une flûte bien sûr
Celle de toutes les solitudes

Dust

On me disait hier que je ne parlais plus d’expos sur ce blog. C’est vrai. Je ne parle plus de grand chose à vrai dire. C’est ça le problème, c’est ça l’erreur. Et pourtant ce n’est pas l’envie qui manque. Peut-être l’impression qu’il y a trop à dire. Par où commencer. Par quoi.
Peut-être par une expo, justement. « Dust » au BAL (prolongée jusqu’au 31 Janvier 2016).
C’est parti d’une photo de Man Ray et Duchamp, intitulée « Élevage de poussière » et datant de 1920. Tout se détricote à partir de là. La poussière est partout bien sûr: dans l’espace, dans le temps, dans notre imaginaire, au début, à la fin. Dust to dust, ashes to ashes.
Il y a un mur dans la salle du bas, avec des photos dont je n’ai pas compris le rapport avec ce thème. Un thème aussi brillant que casse-gueule, un thème hexagonal. Mais l’essentiel m’a plu. Et notamment un texte de Brassaï, « Du mur des cavernes au mur d’usine » qui se termine avec cette phrase: « S’élever à la poésie ou s’engouffrer dans la trivialité n’a plus de sens en cette région où les lois de la gravitation ne sont plus en vigueur ». Cette région c’est la nôtre. La gravitation, le sens des mots, expliquer, excuser. Vous voyez ce que je veux dire.
Et puis il y a cette photo de Man Ray, « Terrain Vague »:
terrainvague
Je la regarde longuement. Est-on sur Terre? sur la Lune? Ailleurs définitivement. Mais ces quelques marches. Mais cet arbre. Et cette structure. Où que l’on soit il faut tracer les possibles. Je pense à ce récent tweet de Mick Collins: « Whatever you plink or plunk or peck at, you gotta get off the floor and DO IT. make art, as much and as hard as you can ».

Oui, MAINTENANT.