Dust

On me disait hier que je ne parlais plus d’expos sur ce blog. C’est vrai. Je ne parle plus de grand chose à vrai dire. C’est ça le problème, c’est ça l’erreur. Et pourtant ce n’est pas l’envie qui manque. Peut-être l’impression qu’il y a trop à dire. Par où commencer. Par quoi.
Peut-être par une expo, justement. « Dust » au BAL (prolongée jusqu’au 31 Janvier 2016).
C’est parti d’une photo de Man Ray et Duchamp, intitulée « Élevage de poussière » et datant de 1920. Tout se détricote à partir de là. La poussière est partout bien sûr: dans l’espace, dans le temps, dans notre imaginaire, au début, à la fin. Dust to dust, ashes to ashes.
Il y a un mur dans la salle du bas, avec des photos dont je n’ai pas compris le rapport avec ce thème. Un thème aussi brillant que casse-gueule, un thème hexagonal. Mais l’essentiel m’a plu. Et notamment un texte de Brassaï, « Du mur des cavernes au mur d’usine » qui se termine avec cette phrase: « S’élever à la poésie ou s’engouffrer dans la trivialité n’a plus de sens en cette région où les lois de la gravitation ne sont plus en vigueur ». Cette région c’est la nôtre. La gravitation, le sens des mots, expliquer, excuser. Vous voyez ce que je veux dire.
Et puis il y a cette photo de Man Ray, « Terrain Vague »:
terrainvague
Je la regarde longuement. Est-on sur Terre? sur la Lune? Ailleurs définitivement. Mais ces quelques marches. Mais cet arbre. Et cette structure. Où que l’on soit il faut tracer les possibles. Je pense à ce récent tweet de Mick Collins: « Whatever you plink or plunk or peck at, you gotta get off the floor and DO IT. make art, as much and as hard as you can ».

Oui, MAINTENANT.

Debout sur mon cerveau il fait un peu plus frais

En bas, les arbres, la nuit
A la recherche d’espaces vides
Ici, dévoré par les pensées-masques
Des chuchotements, derrière la cloison
Des raisonnements, derrière la raison
Tout se cache, tout se fâche
Partir, sans laisser de traces
Dans la nuit qui n’est plus noire
Face aux nuages
Figé
Dans un bleu qui s’ignore
Dans un vent qui s’endort

Look Mom, No Gun!

Outre le flow remarquable de Bobby Shmurda, des « parrains » opportunistes et une danse virale, qu’est-ce qui vaut à cette vidéo des millions de vues? Peut-être le fait que les armes ne sont que dans les paroles et plus dans les images. Baby step vers l’imaginaire? Ruse du marketing en embuscade? Nous aimerions croire en la première hypothèse. Bobby aime danser. Ses mains dansent et sculptent les gestes liés à un objet hyper-banalisé qu’il a décidé de ne pas inclure car il ne garantit plus la virilité nécessaire à sa street-credibility. Oui, d’accord, il est probable qu’il n’a rien à faire de tout ça. Mais laissez-moi poursuivre. Il veut remettre du mouvement. L’attitude n’est pas un mouvement. Ce gars a trop vu la rue, il vise la caméra mais ses bras montent vers le ciel. Ses mouvements décrivent une ascension. Il y croit. L’imaginaire n’est pas sur la ligne d’horizon. Le futur qu’il veut n’est pas là. Son territoire est devenu aérien, mental. C’est un changement majeur. Son premier pas d’artiste.