Crooked Cults

Quelques chroniques, rapido. Vinyles d’abord.

Mouse Sluts 12″ (Bruit Direct disques)
Je dirais que c’est entre les Yardbirds et Virgin Prunes: bluesy, électrique, gothique, intriguant. Et lent. Et sombre. Mais surtout: c’est l’association de Letha Rodman-Melchior, Dan Melchior et Graham Lambkin, ce qui devrait vous suffire.

Cuntz « Force the zone » LP (Homeless)
C’est un peu les nouveaux Flipper, non? Sauf qu’ils sont australiens.

Olimpia Splendid LP (Fonal)
Minimaliste, électrique, fragile, grâcieux. Mes finlandaises préférées.

Badaboum LP (Bruit Direct disques)
C’est un peu comme si les Slits avaient écouté les Dreams et Headwar. Professionnel et convaincant.

Hierophants « Pneumatic Bill » 7″ (Moontown)
On dirait les Strokes en 2001. C’est tout mimi.

France Sauvage « Jeux vocaux des bords de Dronne » LP (La République des granges/Animal Biscuit/Gaffer/etc.)
Visionnaire, électronique, extatique. A ne pas confondre avec France.

Richard Papiercuts « If » LP (Ever/Never)
Urbain, moderne, discrètement ambitieux. Les influences sont multiples – rock / punk / glam et plus – et le songwriting somptueux. Très new-yorkais (et même un peu français).

Wiredheads « Big issues » LP (Tenth Court)
Un groupe australien qui va enregistrer chez Calvin Johnson de K Records, c’est déjà un peu le jeu de pistes qui commence. Fiévreux, exhalté, enthousiasmant. Ce disque est tout cela à la fois.

 

Dust

On me disait hier que je ne parlais plus d’expos sur ce blog. C’est vrai. Je ne parle plus de grand chose à vrai dire. C’est ça le problème, c’est ça l’erreur. Et pourtant ce n’est pas l’envie qui manque. Peut-être l’impression qu’il y a trop à dire. Par où commencer. Par quoi.
Peut-être par une expo, justement. « Dust » au BAL (prolongée jusqu’au 31 Janvier 2016).
C’est parti d’une photo de Man Ray et Duchamp, intitulée « Élevage de poussière » et datant de 1920. Tout se détricote à partir de là. La poussière est partout bien sûr: dans l’espace, dans le temps, dans notre imaginaire, au début, à la fin. Dust to dust, ashes to ashes.
Il y a un mur dans la salle du bas, avec des photos dont je n’ai pas compris le rapport avec ce thème. Un thème aussi brillant que casse-gueule, un thème hexagonal. Mais l’essentiel m’a plu. Et notamment un texte de Brassaï, « Du mur des cavernes au mur d’usine » qui se termine avec cette phrase: « S’élever à la poésie ou s’engouffrer dans la trivialité n’a plus de sens en cette région où les lois de la gravitation ne sont plus en vigueur ». Cette région c’est la nôtre. La gravitation, le sens des mots, expliquer, excuser. Vous voyez ce que je veux dire.
Et puis il y a cette photo de Man Ray, « Terrain Vague »:
terrainvague
Je la regarde longuement. Est-on sur Terre? sur la Lune? Ailleurs définitivement. Mais ces quelques marches. Mais cet arbre. Et cette structure. Où que l’on soit il faut tracer les possibles. Je pense à ce récent tweet de Mick Collins: « Whatever you plink or plunk or peck at, you gotta get off the floor and DO IT. make art, as much and as hard as you can ».

Oui, MAINTENANT.

Le vent se lève

kaze-tachinu-000036

Le vent se lève
Sur notre vivre ensemble
Où sont les âmes?
Elles sont abattues
Le vent se lève
Sur notre courage
Où sont les résistants?
Ils ne croient plus en rien
Le vent se lève
Sur notre avenir
Où sommes nous?
Nous reste un je

Lucki Eck$ « Freewave » EP

Les choses se passent comme ça: tôt le matin, gris, pluie, train qui lance invariablement une journée de merde sur des rails qui ne mèneront jamais ailleurs qu’en enfer. Retour sous le gris et la pluie, réchauffage de miches, potée un peu chiche, recherche de sons en pois chiche, capiche? Tombe le dernier Lucki Eck$ qui tape direct au bon endroit: frictions invisibles qui vrillent le cerveau en deux, deux, deux, deux. Et en seulement trois trois trois morceaux, les dents se dévoilent comme prêtes à mordre dans le filet de vie qui serait encore dans les parages. Les mouvements de tête, les oscillations deviennent incontrôlables, balayent les émotions familières, secouent les pensées sombres qui coulent-ruissellent d’une soudaine et violente insouciance. Un synthé qui clignote, des kicks qui crépitent, quelques vieux relents de refrains dance-fête foraine passés à la moulinette d’un esprit un peu cuit. Pourquoi articuler les mots, ça claque, c’est du triple X. Pourquoi enregistrer dans un studio de luxe, là c’est du chaussette-claquette, street-brut, tartare de de rimes, aller-retour dans l’excellence rap je-m’en-foutiste. Grand jeu.

Debout sur mon cerveau il fait un peu plus frais

En bas, les arbres, la nuit
A la recherche d’espaces vides
Ici, dévoré par les pensées-masques
Des chuchotements, derrière la cloison
Des raisonnements, derrière la raison
Tout se cache, tout se fâche
Partir, sans laisser de traces
Dans la nuit qui n’est plus noire
Face aux nuages
Figé
Dans un bleu qui s’ignore
Dans un vent qui s’endort