The Backstabbers « Shame »

thebackstabbers

The Backstabbers « Shame » K7/DL (Hidiotic Records)

Oui ça fait des mois que je l’écoute cet album. Pourquoi n’en parler que maintenant, je ne sais pas. Peut-être parce que j’y trouve quelque chose de précieux, de fragile, de rare. C’est un duo, un homme, une femme. Encore des australiens. Avec un pedigree que je vous laisse découvrir. On pense parfois à Lower Plenty. Des chansons qui, en apparence, sont d’un dépouillement marqué. Mais en réalité, les arrangements sont particulièrement soignés et les paroles expriment avec finesse l’absurdité du tout technologique, les cerveaux compressés par la machine molle, entre autres choses. Il y a ce morceau « Internet Friends » qui est sans doute le plus beau que j’ai pu entendre cette année. Je l’écoute, je suis hors-du-monde. Répondant presque à tout ce que je peux attendre de la musique, ce morceau distille un puissant poison, là, dans la société. N’est-ce pas ce que tout artiste devrait faire? Tout tourne autour du poison. Un poison nécessaire. Létal ou pas létal, là n’est pas la question. Il y a une reprise du morceau à la fin de l’album. Une version instrumentale, la petite dose en plus, la sédation profonde. Celle qui fait giter un navire qui sombre déjà depuis trop longtemps. Vous lisez ces quelques mots, vous pensez que « Shame » est triste à mourir. Non. Il n’est pas triste. Il épouse une réalité, exprime une vision du monde avec la délicatesse de quelques notes de piano, de voix qui se mêlent doucement dans les profondeurs du classement des ventes d’albums (« Something else »). Les Backstabbers prennent le temps de revenir sur leurs pas, de regarder autour d’eux. De s’émerveiller encore un peu de ce qui, pour beaucoup, n’est déjà plus visible (« I went back »). Troublant de justesse.

Soft Power « If you come around: you know what happens »

softpowr_covr
Soft Power « If you come around: you know what happens » 12″ (All Day Breakfast Enterprises)

J’entends ta voix qui coule dans les interférences. J’entends ton chant qui sinue dans les interstices du futur. Les claviers caoutchouteux, le rythme comme un frémissement brouillé plutôt que sunny side up. De longues courses ovales dans ta galaxie pour essayer de te comprendre. Pour essayer de te voir. Ton ombre ondule sur les océans sombres de ces exoplanètes inconnues. J’écoute tes murmures à l’oreille du monde. J’écoute la beauté de ta langue extra-terrestre, cette basse trouble qui t’accompagne. Ce n’est pas du mystère, c’est la réalité galactique, simple comme l’hypnose du vide. Battements hachés, voix glacée qui se désagrège dans un corridor spatio-temporel. Ton hésitation volupteuse, tes lèvres d’étoiles qui vrombissent dans une torpeur post-existentielle. Une invitation, « If you come around ». Une fragilité. Je ressens tes mouvements, ta légèreté, ton élégance. Dans l’abîme de l’espace, ton envolée. Cet exotisme indéfinissable. Qu’on me laisse à mes nuages. Qu’on me laisse à cette découverte d’un rythme autre que le temps.

Brainbombs « Disposal of a dead body »

Brainbombs

Des mots, des images, des attitudes…qui ne passent pas. L’ombre qui grandit sur un mental se fissurant à mesure que l’on se rend compte de l’indifférence. De la sombre indifférence de nos semblables à ce qui remue nos entrailles. Brainbombs se pose sur ce silence avec tout ce que cela peut susciter comme inquiétude. Prendre cette place si dangereuse, crête saillante de nos pensées noires. Le groupe malaxe une bile épaisse de noise-rock cylindrique qui déroule sur nos esprits confus des torrents de cette aigreur qu’on préfère parfois ignorer. De cette aigreur dont seuls les artistes les plus équilibristes parviennent à faire réellement quelque chose. De cette aigreur piétinée, saccagée par les politiques et souvent indomptable pour les philosophes alors même qu’elle est à la source des questionnements les plus profonds. Brainbombs cherche ces résonances, complexes, avec un monde-enclume. La tête sur le béton froid. La tête sur le métal. Scruter les aspérités puis créer le mouvement plutôt que d’attendre la réaction. Explorer les rivières du mal, les faire scintiller de mille feux d’artifices comme les pires guérisseurs afin de ressentir jusque dans son eau, la boue qui frémit dans l’âme fragile. Remuer des montagnes de déjections pour comprendre réellement ce qu’on transforme, ce qui se recycle, se réincarne. User la surface avec une énergie extrême pour espérer faire vaciller le cosmos et apparaître le flash du souffle originel. Le si fragile souffle-vérité qui se cache dans des infinis de gris, de vert, de sable, d’eau, d’hommes qui nous assomment, nous étouffent ou nous noient. Le seul faible repère dont nous disposons est la trompette. Un instrument aussi fou que fragile. Et oui, seul le fou connaît le chemin. Mais personne ne le comprend, personne ne l’écoute et il ne se comprend pas lui même. C’est Cato, c’est Didi. C’est celui qui ne sait plus qu’il sait. C’est le summum de l’indifférence, le mur, l’enclume ultime. Il n’y a plus que la wah wah pour liquéfier ce bloc, la trompette pour recréer les étincelles d’un passé dévoré. Dans cette quête épuisante, le groupe s’accorde parfois des respirations, des aérations, des répétitions, des échos, de la lenteur, de la simplicité. Sans jamais perdre l’intensité qui le caractérise. « Disposal of a dead body » est sombre, brutal, radical, essentiel.

Cate Le Bon « Mug Museum »

Cate Le Bon "Mug Museum"

C’est son troisième album, sorti en Novembre dernier. Elle est galloise, installée à Los Angeles. Découverte cette semaine. C’est bon, on peut en parler? C’est de la pop, les enfants. La guitare scintille comme un miroir qui traîne sur un voilier, en plein soleil du Pacifique. La voix porte toute la mélancolie d’un coup de vent de son pays d’origine. Les compos sont tellement parfaites que ça pourrait devenir terriblement suspect. Mais non. « Are you with me now? ». Il serait temps. Pour accompagner ce morceau, il y a une photo de quelqu’un – sans doute elle – en train de faire de la poterie. Je ne sais pas si j’ai dit que cet album était sensuel mais bon, vous l’avez votre transition. Elle se tord le cou avec des notes qui s’envolent et aime se perdre dans les méandres de mélodies sinueuses qui descendent aussi à l’occasion au troisième sous-sol. Des intonations sixties baroques qui ne devraient pas déplaire aux amateurs de Left Banke et Os Mutantes. D’autant que l’enregistrement est très maîtrisé: un son de guitare aussi affuté que les couteaux d’un boucher bougon un dimanche matin et des touches de synthé, piano, saxophone et clarinette savamment distillées au sein de compos aussi denses qu’intenses. Bref, ce « Mug Museum » est un sans faute. De quoi boire la tasse?

Animals and Men

animals_men

C’était il y a quelques semaines à Londres. Je passais de bon matin à la boutique Rough Trade (l’adresse « historique » sur Talbot Road, il faut préciser depuis l’ouverture de leur immense magasin dans l’East End). Quand me voilà enfin décidé à acheter quelques disques trouvés dans le bac à 45 tours, le vendeur – particulièrement discret – esquisse un petit sourire. « Vous connaissez ce groupe? » me demande t-il en désignant l’un des singles? « Euh oui, un peu ». Il retourne alors le disque et désignant l’un des musiciens me déclare un peu fier: « c’est moi là sur la photo ». Damned! Le bassiste d’Animals & Men travaille chez Rough Trade. C’est un « très vieux disque » me dit-il. Je regarde: « 1980 ». Pas si vieux! Et je peux rajouter maintenant: tellement bien. Epatantes justement ces lignes de basse boa-constructor sur « the terraplane fixation » (face A). De quoi étouffer cette guitare frétillante et ces discrets choeurs proto new-wave. La face B, « Shell Shock », qui met en avant le chant vénéneux de la chanteuse Susan Welles est également totalement bluffante avec son espèce de crescendo surprise. C’est sorti sur Strange Days Records et c’est un putain de bon disque.

Naked Glow

Je sens que je vais bien aimer Naked On The Vague (NOTV pour les intimes), un groupe australien de Sydney dont l’album (sorti initialement en cd sur Dual Plover) est édité cette semaine en LP sur Siltbreeze. Il y a aussi un single sur Sabbatical Records. Voilà une petite vidéo de la chanson « All aboard » pour vous faire une idée:

Autre groupe australien qui risque de bien me plaire: Birth Glow. J’ai encore moins d’infos mais je vais creuser.

bglow