Drippin

Et maintenant les mixtapes.

Peezy « Infinity »
Productions classiques et plutôt traînardes avec des kicks bien raides et un flow convaincant à la Earl Sweatshirt. Prometteur!

Migos « YRN 2 »
Le trio est de retour au complet après le passage d’Offset en zonzon. Autant dire qu’ils sont remontés à bloc. Qu’on aime ou qu’on déteste, Migos se taille un style de trap qui rappelle ce que Bone Thugs & Harmony infligeait à l’époque au rap des années 90. Certes les lyrics ne sont pas du même niveau mais quelque part, sous les litres de purple, il y a quelque chose qui les démarque.

Ugly Frank « Bobby Hill »
Avec Hefna Gwap, Lucki Eck$ et Villain Park une de mes mixtapes préférées de 2015. Ugly Frank – du crew ILLFIGHTYOU de Tacoma – se balade sur des prods dodues et démontre l’étendue de son talent. J’attends la suite avec impatience.

Lil B « Thugged Out Pissed Off »
Ce fou de Lil B, bouffon génial a non seulement plus d’un tweet dans son sac mais aussi plus d’un morceau: 63 exactement sur cette nouvelle mixtape. Productions dégoulinantes, paroles mi-flemmardes mi-brillantes, Lil B cultive son style je-m’en-foutiste comme personne d’autre ne sait le faire aujourd’hui.

Juicy J « O’s to Oscars »
L’ex Three 6 Mafia enchaîne des projets d’une qualité variable, comme le démontre encore cette nouvelle mixtape. Si les prods sont plutôt lourdes (Metro Boomin, Sonny Digital, TM 88 et autres Zaytoven sont au générique) on a un peu l’impression que le gaillard tourne en rond. Un bonus quand même pour le hit mc hammer-ien « You can’t », assez marrant.

AFRO « Tales from the basement »
Nouveau protégé de R.A The Rugged Man, le jeune AFRO et son flow virtuose tape fort avec cette mixtape aussi classique que réussie. Du grand boom bap!

Eddy Baker « Less than zero »
Membre du crew Seshollowaterboyz avec Bones, Xavier Wulf et Chris Travis, Eddy Baker vient de sortir cette mixtape aussi relax que soignée au niveau des productions. De quoi vous familiariser avec ses paroles plutôt salées.

Chris Travis « The Ruined »
Chris Travis justement vient lui aussi de sortir un nouveau projet et maintient la cadence effrénée des Seshollowaterboyz. Là aussi les prods éthérées claquent comme jamais et « The Ruined » devrait ravir les fans du son Travis.

Future « Purple Reign »
Gardons le meilleur pour la fin avec cette nouvelle mixtape impériale de Future dans laquelle il démontre clairement qu’il survole tout la scène trap avec une aisance incomparable. Metro Boomin est au top aussi.

Cats in windows

Les cassettes maintenant.

Carl Matthews « Aksu » (Keep tapes alive)
Le cosmos coule dans ton corps. Le plus beau voyage est le voyage intérieur. Volutes électroniques d’une galaxie lontaine. D’une beauté troublante.

Total Control « Totally cunted » (Autoproduction)
La K7 des singles et raretés, sortie lors de leur récente tournée européenne. Outrages à gogo. Punx & Skins. Et même un peu de jazz en liberté. Killer.
totallycunted

Tarzana « Pacific Citi » (Pacific City Sound Vision)
Dans la jungle belge. Drum pads et rêves tropicaux en pleine déliquescence. Assez intriguant quand même.

V/A « Australian musical compilation series – Cassette Club 3 » (Moontown)
Electro un peu booty mais pas que, en provenance du pays des kangourous. Plein de nouveaux noms prêts à en découdre sur le dancefloor. Dans moins d’un an, ils auront tous signés sur Not Not Fun, alors ne tardez pas.

Soviet Pop « Dialogue » (Goaty Tapes)
Bricolages synthétiques et chant dépressif. Des petites montagnes de drogueries à l’intérieur, c’est assez réussi. Incident diplomatique presque majeur.

Banana Head « Phones the public » (Goaty Tapes)
Echos lointains d’une île bientôt cachée sous la mer. Pop électronique enfouie dans un sablier géant.

Touch of poison « Moat » (Goaty Tapes)
Murmures sur tierces mineures dans un couloir de la gare de Gand. Des pointillés qui vont bouillir dans notre inconscient. Avec la force du poison.

Ignatz « I live in a utopia » (Goaty Tapes)
Superbe folk blues de derrière le décor. Sous pochette noire.

Goat Bath Eternity « Downers » (Goaty Tapes)
Glam électronique et rock régressif pour un moment de qualité dans une caverne humide déclassée par les monuments historiques.

Club Sound Witches (Goaty Tapes)
Machineries traversées par le Sahel, filet de voix intercepté par le Malin, Club Sound Witches est disponible pour un récital maléfique sur invitation strictement personnelle.

11ième étage « Insomnie » (Les disques rayures)
Deux notes pour sauter dans le vide. Un saxophone comme parachute. Entre yéyé dépravé et no-wave baveuse. Sur le fil d’un larsen, un groupe qui tisse sa toile.

F ingers « Trilogy: they got the best heart » (Autoproduction)
Dub de basse et voix qui file dans les interstices de la réalité. Culture de la répétition. Hypnose en or.

Gad Whip « Take the red eye » (Autoproduction)
Patchwork à l’anglaise. Punk débridé et nappage spoken-word. Pourquoi pas.

Crooked Cults

Quelques chroniques, rapido. Vinyles d’abord.

Mouse Sluts 12″ (Bruit Direct disques)
Je dirais que c’est entre les Yardbirds et Virgin Prunes: bluesy, électrique, gothique, intriguant. Et lent. Et sombre. Mais surtout: c’est l’association de Letha Rodman-Melchior, Dan Melchior et Graham Lambkin, ce qui devrait vous suffire.

Cuntz « Force the zone » LP (Homeless)
C’est un peu les nouveaux Flipper, non? Sauf qu’ils sont australiens.

Olimpia Splendid LP (Fonal)
Minimaliste, électrique, fragile, grâcieux. Mes finlandaises préférées.

Badaboum LP (Bruit Direct disques)
C’est un peu comme si les Slits avaient écouté les Dreams et Headwar. Professionnel et convaincant.

Hierophants « Pneumatic Bill » 7″ (Moontown)
On dirait les Strokes en 2001. C’est tout mimi.

France Sauvage « Jeux vocaux des bords de Dronne » LP (La République des granges/Animal Biscuit/Gaffer/etc.)
Visionnaire, électronique, extatique. A ne pas confondre avec France.

Richard Papiercuts « If » LP (Ever/Never)
Urbain, moderne, discrètement ambitieux. Les influences sont multiples – rock / punk / glam et plus – et le songwriting somptueux. Très new-yorkais (et même un peu français).

Wiredheads « Big issues » LP (Tenth Court)
Un groupe australien qui va enregistrer chez Calvin Johnson de K Records, c’est déjà un peu le jeu de pistes qui commence. Fiévreux, exhalté, enthousiasmant. Ce disque est tout cela à la fois.

 

Dust

On me disait hier que je ne parlais plus d’expos sur ce blog. C’est vrai. Je ne parle plus de grand chose à vrai dire. C’est ça le problème, c’est ça l’erreur. Et pourtant ce n’est pas l’envie qui manque. Peut-être l’impression qu’il y a trop à dire. Par où commencer. Par quoi.
Peut-être par une expo, justement. « Dust » au BAL (prolongée jusqu’au 31 Janvier 2016).
C’est parti d’une photo de Man Ray et Duchamp, intitulée « Élevage de poussière » et datant de 1920. Tout se détricote à partir de là. La poussière est partout bien sûr: dans l’espace, dans le temps, dans notre imaginaire, au début, à la fin. Dust to dust, ashes to ashes.
Il y a un mur dans la salle du bas, avec des photos dont je n’ai pas compris le rapport avec ce thème. Un thème aussi brillant que casse-gueule, un thème hexagonal. Mais l’essentiel m’a plu. Et notamment un texte de Brassaï, « Du mur des cavernes au mur d’usine » qui se termine avec cette phrase: « S’élever à la poésie ou s’engouffrer dans la trivialité n’a plus de sens en cette région où les lois de la gravitation ne sont plus en vigueur ». Cette région c’est la nôtre. La gravitation, le sens des mots, expliquer, excuser. Vous voyez ce que je veux dire.
Et puis il y a cette photo de Man Ray, « Terrain Vague »:
terrainvague
Je la regarde longuement. Est-on sur Terre? sur la Lune? Ailleurs définitivement. Mais ces quelques marches. Mais cet arbre. Et cette structure. Où que l’on soit il faut tracer les possibles. Je pense à ce récent tweet de Mick Collins: « Whatever you plink or plunk or peck at, you gotta get off the floor and DO IT. make art, as much and as hard as you can ».

Oui, MAINTENANT.

Le vent se lève

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Le vent se lève
Sur notre vivre ensemble
Où sont les âmes?
Elles sont abattues
Le vent se lève
Sur notre courage
Où sont les résistants?
Ils ne croient plus en rien
Le vent se lève
Sur notre avenir
Où sommes nous?
Nous reste un je

Lucki Eck$ « Freewave » EP

Les choses se passent comme ça: tôt le matin, gris, pluie, train qui lance invariablement une journée de merde sur des rails qui ne mèneront jamais ailleurs qu’en enfer. Retour sous le gris et la pluie, réchauffage de miches, potée un peu chiche, recherche de sons en pois chiche, capiche? Tombe le dernier Lucki Eck$ qui tape direct au bon endroit: frictions invisibles qui vrillent le cerveau en deux, deux, deux, deux. Et en seulement trois trois trois morceaux, les dents se dévoilent comme prêtes à mordre dans le filet de vie qui serait encore dans les parages. Les mouvements de tête, les oscillations deviennent incontrôlables, balayent les émotions familières, secouent les pensées sombres qui coulent-ruissellent d’une soudaine et violente insouciance. Un synthé qui clignote, des kicks qui crépitent, quelques vieux relents de refrains dance-fête foraine passés à la moulinette d’un esprit un peu cuit. Pourquoi articuler les mots, ça claque, c’est du triple X. Pourquoi enregistrer dans un studio de luxe, là c’est du chaussette-claquette, street-brut, tartare de de rimes, aller-retour dans l’excellence rap je-m’en-foutiste. Grand jeu.