At a desk

Allez quelques chroniques K7 restées trop longtemps sur le feu…

Scenes from Salad « Demo »
Je pense que c’est une démo mais je ne suis pas sûr. Des références à Metronomy, la linguistique descriptive et des mecs qui s’appellent Christian et qui font des blagues par courrier électronique en Mai 2011. C’est un peu comme un truc qui fait bizarre dans le coin de l’oeil, qui va titiller le champ de vision. Sauf que là c’est avec vos oreilles. A moins que ce ne soit votre vision mentale. Un endroit de votre esprit où l’on ne capte pas très bien la radio mais où on l’entend quand même un peu. Comme une conversation du voisin qu’on essaye de saisir à travers un mur mais sans  jamais vraiment y arriver. J’ai vérifié que j’étais bien sur « tape » et pas sur « radio ». Mais le bip de bruit est bien là, ça se gargarise même un peu et dans tout le bon sens du terme. Gallo-romaine sur un demi-étage, en fin de rhume avec un bon bagage en soute. Assez distinctement ça vire ponctuellement en micro-gastro quand même. Mais avec beaucoup de dignité. Du bien bel ouvrage pour qui s’intéresse à l’histoire du chemin de fer neuronal et autres dérivations entre Stalingrad et l’infini.
Site web: https://scenesfromsalad.bandcamp.com/

Dreyt Nien « Les rivières de la nuit » (Err Rec)
Je ne sais pas si c’est dans le coffre ou ailleurs mais y’a comme un drôle de bruit. Quelque chose qui se trimballe, tente de rouler sur une surface non-lisse. Un raffût qui laisse envisager le  pire quand on ouvrira. Mais pour le moment, ça reste derrière. Là-dessus des éclats de voix, du synthé bande d’arrêt d’urgence. Un étrange mélange de sensations: entre le travelling autoroutier et le jeu de société un peu foireux retrouvé au grenier un 27 décembre vraiment gris. Sur l’autre face, c’est plus synthétique. Une acidité dans le pong vient contrer le ping mais on goûte quand même. Pas toujours facile à digérer mais suffisamment audacieux pour qu’on y revienne. De Colmar et à découvrir, bien sûr.

Purple Circles « Gender summit » (Korea Undok Group)
Une grande maison abandonnée. De celles qui se taisent un peu trop pour qu’on ne les voit pas. A l’intérieur pourtant, dans de vastes pièces protégées par de lourdes portes, un étrange manège. Une  répétition de théâtre, des percussions sur plastique, un vieux piano désaccordé, des gouttes du plafond à travers les âmes. Au détour d’un escalier-couloir, on tombe sur une station de métro désaffectée. Quelques intrépides tentent de faire rouler un engin non identifié sur les voies doublant le boucan habituel d’un train de sifflements inexpliqués. Les bougres ne vont pas bien loin et poursuivent leur périple dans la pénombre et au rythme cruel de leurs désillusions. Lente et pénible remontée à la surface, des mélodies sombres plein la cabeza. Retour au piano avec ce qu’il faut de désespérance élégante et de réverb non-reliée à Internet. Des interférences et un disque en bout de course perturbent toutes tentatives de communication avec l’extérieur. On ne sait rien de Purple Circles si ce n’est ce lien avec le Korea Undok Group, ce collectif d’une personne à Winnipeg. Mais ce « summit » est de toute beauté.

cOLiQue « cOLiQue » (Scum Yr Earth)
cOLiQue fait des collages comme d’autres mélangent des alcools. On cause ici de micro cut-up, comme les gens qui coupent tous leurs aliments en petits morceaux avant de les manger. On va donc de surprise en surprise, c’est non-linéaire sur toute la ligne, on a envie d’écouter à l’envers, de moon-walker tout ce bouzin au hachoir de précision. Frénésie de vidéos slow-mo dans un go-fast  france-belgique, mimes d’hyperactifs, problèmes d’aiguillage en gare de Monaco avec des envies pressantes à satisfaire…les tableaux défilent et heureusement on n’a pas le temps de choisir. « Victimes en chaleur » se ménage quelques moments d’introspection zen comme un gamer compulsif qui débranche par pure curiosité une vieille borne d’arcade avant d’y replonger de plus belle la tête la première pour y chercher à nouveau un dictateur nord-coréen pixelisé. « Camion de foot » et les stages de Clairefontaine gagnent en suspense, l’hologramme de Dominique Rocheteau en combin’ de ski perturbe les entraînements avec des mini-concerts de jazz entre chaque phase de jeu. Voilà une K7 qui saura accompagner avantageusement votre vie gastrique, aussi chahutée puisse t-elle être.

Evenings « Leater Gause » (Summer Isle)
Un troisième sous-sol de parking. Calme et chaud. Une petite brise estivale balaye tranquillement la poussière. Le regard questionne naturellement l’architecture. L’environnement non naturel se revèle aussi fonctionnel que fictionnel pour peu qu’on arrive à s’y sentir totalement seul. Ce qui n’est pas facile, du moins aux heures chaudes de la journée. Car oui, la nuit tombe, se lève même ici avec des crissements de pneus qui aiguisent les regards aussi vite qu’ils ne chauffent les oreilles. Bientôt des autoroutes battues par la pluie et des petits chemins serpentant à travers une forêt-piège. Parking vert entre deux troncs, pellicules de rouille sur la langue, blanche larme devenue rouge: la soirée tourne mal. Soudain des rêves de béton bouffé par le végétal et tout va mieux. A l’aise, un petit malaise végétal prétexte à tout, une musique discrète pour repasser de vieilles chemises froissées avec distraction, le fer sur sur le scénar du soir.

Blue Suede Platforms « Wood hat » (All Gone)
Trois ballons, une fenêtre ou un tableau. Et un chapeau en bois. Bienvenue chez Blue Suede Platforms, un anglais qui connaît ses « Messthetics » sur le bout des cordes. Son raffût bien minimal de  chambre d’ado éternel secoué d’un glam-pop bricolo se distingue d’abord par un chant quasi sous helium (des choeurs féminins font de brèves apparition). Et puis on tend l’oreille. Ces paroles qui s’installent le temps d’un morceau plus kiwi, vite doublé par une petite punkerie de poêle en fonte. Enregistré avec des trous plein les chaussettes. Les morceaux les plus lents commencent à gratiner le chapeau. « She has it all but she wants more » le refrain s’incruste juste le temps de ne pas se préparer à une fin de face abrupte. Une pointe de mélancolie noyée dans une reverb bubblegum qui éclate aussi vite qu’elle est apparue, chassée par une disto no-fi sur fond de dérives hypocondriaques. Des cordes qui se pincent, des parquets qu’on tape, des cloches qu’on sonne: cet album magnifiquement construit se termine dans un blues de poche qui laisse une impression forte malgré l’enregistrement un peu hasardeux.

Pete Astor « Spilt Milk » (Negative Space)
Beaucoup de sophistication dans cet album de Pete Astor. Des « shalala », de la pedal steel, de la fausse grosse prod en format K7. Un concentré de songwriting pour vos lasagnes magnétiques. C’est  nerveux, coloré, maîtrisé, on embarque là-dedans les yeux fermés. Une aisance troublante. D’où qui vient déjà celui là? Ah mais oui, c’est lui! « Here we are in paradise » entend-on tout d’un coup. C’est peut-être un peu fort de café, un peu trop pop de poche pour ton ton nouveau walkman cool vintage. Mais pourquoi faire la fine bouche? Ce « Spilt milk » se déguste sans cerveau, sec, d’une traite.

Robert Filliou « Sings Marquis de Sade » (Goaty Tapes)
C’est marrant JZ a posté la pochette de cette K7 alors même que je me disais qu’il fallait que j’en écrive une chronique. Robert Filliou, à ne pas confondre avec François Filou, chante ici des textes du Marquis de Sade. Et ça sort sur le label d’un californien globe-trotter. Filliou, Filou, Fillon, on s’en fout. Là on tend l’oreille sur ces mots crus, ces petites gifles littéraires planquées sous le masque improbable d’un lourd accent français. Car oui, tout est en anglais. Ce n’en est que plus drôle. On se balade dans le monde entier à l’écoute de notes et de descriptions portant sur des scènes d’une incroyable cruauté. De la violence, d’états. Mais du fait du dispositif anglophone choisi et des mélopées a capella de Robert, tout l’effroi que ce texte pourrait susciter devient soudain incroyablement léger voire guilleret. Les silences, les intonations prennent une couleur particulière. Son interprétation, notre interprétation, ces choix, ces mots, tout questionne. Et l’écoute s’avère assez fascinante. Le jour où on entendra ça au Trocadéro putain.

Matthew P. Hopkins « Calls » (Thalamos)
Les yeux sur le défibrillateur, pris dans le ronronnement hirsute d’un électroménager qui vrille de toute sa quincaillerie. Un moment de murmure doucereux le long d’un néon hospitalier. Des paroles importantes mais trop tardives. Des psychés polluées depuis trop longtemps, des cerveaux qu’on ne démêlera plus. Quelques notes calmes pour ne plus s’inquiéter du grondement, du foehn mental. Une répétition du blizzard, de la paroi de glace. Dans le vent, tellement de messages retiennent leur souffle. Visage crispé, prononciation hasardeuse, les mots coincés dans un vide sans pensée. Et de
nouveau quelques notes minuscules. Dans un élan reel-to-reel, le génial australien Matthew P. Hopkins (Naked On The Vague, Half High…) sort ici un nouvel opus de toute beauté, sur un label grec.

Publicités
Ce contenu a été publié dans Non classé par Max Dembo. Mettez-le en favori avec son permalien.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s