En nuit, en vie

On navigue entre recherche foireuse et pessimisme global. Voilà qu’on essaye de nous faire croire que l’hypocrisie « honnête » (sic) est un « pilier de l’ordre social ». C’est à dire que le fameux « vivre ensemble » serait dépendant de la – plus ou moins honnêteté – de nos comportements hypocrites. Bien sûr une telle « analyse » ne peut aboutir qu’à un pessimisme extrême où l’humain, vidé de sa substance, ne cherche plus à comprendre quoi que ce soit et ne fait que subir. Cela justifie l’orchestration des peurs et la supposée généralisation de la mauvaise foi (érigée en valeur subversive par des décérébrés qui croient faire renaître la « contre-culture »). On s’invente des schémas d’analyse complètement déconnectés du réel où les concepts les plus galvaudés sont enchaînés avec un aplomb tétanisant. Il y a là un contentement qui n’est que facilité et accumulation. La production de connaissances, le processus même d’intellectualisation est perverti par une vision complètement déformée, une sorte de misérabilisme moral de pacotille, entretenu par une poignée d' »experts » désespérément creux et shootés aux saillies médiatiques.

En lieu et place de la mauvaise foi, est-ce qu’il ne faudrait pas défendre l’ennui? L’ennui porte en lui tellement de possibles. L’ennui, face sombre mais ô combien nécessaire de notre vie sociale. L’ennui qui ouvre des horizons, des en-vies.

Morts ou presque, il ne nous reste qu’à chercher dans l’art des échos de vie? Là encore, la prétention poétique dérape souvent dans des boursouflures risibles (« Je me souviens encore étudiant à Metz, avoir partagé un moment inoubliable avec John Cage dans un festival de musique contemporaine. Il nous avait donné rendez-vous un dimanche matin au buffet de la gare et il nous a demandé de bouger les chaises. C’était fantastique. Entre ceux qui en faisaient trop, qui traînaient lourdement les pieds des objets et ceux qui bousculaient à peine un dossier, c’était vraiment la mesure du monde, le tout avec les annonces de trains qui partaient, les clients qui se moquaient et John Cage qui souriait, j’en jubile encore !!! »). La tentative – qui est rarement présentée comme telle – reste fréquemment empêtrée dans un discours dégôté sur l’étagère commune, celle des hypocrites un peu honnêtes et toujours sûrs d’eux.

Il n’y a pas toujours de règles sur étagère, il n’y a pas toujours de diffuseur recommandable, il n’y pas toujours la nuit pour l’ennui, il n’y a pas toujours l’hypocrisie pour vivre ensemble.
Il y a aussi la liberté. Pas celle qu’on crie sur les toits, celle qu’on malaxe de l’intérieur, celle qui permet encore, parfois, de marcher ou de respirer.

J’arrête là le verbiage. Je mets un peu de musique.

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