Scuzz

The Native Cats « Dallas » Lp (Ride The Snake / R.I.P Society)
Troisième album pour ce duo post-punk originaire de Tasmanie (Australie) dont j’ai déjà parlé par ici et qui avait également sorti un split avec U.V Race. Tout en basse et en ironie froide, le premier morceau « Pane e Acqua », s’inscrit dans la lignée du dépouillé « Process Praise ». La suite laisse pourtant entrevoir une nouvelle inclination électronique, tout en gardant la singularité qui les caractérise. Basse rapace et pulsations synthétiques se mélangent dans un huit-clos finement ciselé où le chanteur se pose en face-à-face avec l’auditeur. Quand la rythmique décolle – sur « Cavalier » – une mélodie aussi cristalline que frénétique s’échappe du clavier mais les paroles se font de plus en plus troublantes. C’est une danse en pleine déviance, en pleine chute. Face B et on retrouve cette voix de velours avec cette fois une approche rythmique plus marquée: ça claque du kick comme des pichnettes sur un horizon désespérément vide. Et puis de nouveau on retombe sur le fil, au milieu d’un lac miroir. On devine l’eau très froide. Les bidouilles électroniques deviennent de plus en plus crapuleuses et embrument la basse-colonne vertébrale: la fin du disque vire presque au proto-dub. On danse et on ne se pose plus de questions. « Dallas » est passé sous la peau. Avec ces septs chansons Native Cats confirme sa position à l’avant-garde de la bouillonnante scène australienne.

 

Constant Mongrel « Heavy Breathing » LP (Siltbreeze)
Deuxième album pour ce groupe australien après un brillant et remarqué premier opus, « Everything Goes Wrong », sorti conjointement par R.I.P Society et 80/81 Records l’an passé. On est tout de suite happé par un premier morceau qui tient au coup de génie: ce « Complete » en entrée est une sacrée galette, la guitare semble nous accompagner gentillement jusqu’à s’emballer dans de violentes déchirures. La suite a un ton plus punk mais garde cette frénésie qui nous chatouille, cet oeil qui tourne blanc dès qu’il en a l’occasion. « In The Courts » est un bon exemple: ces « ahhh » pourraient venir d’une beuverie de fête foraine mais le groupe a la classe jusqu’au bout du bide et en fait une pépite qui accroche l’oreille dès la première écoute. Beau travail sur le son aussi comme en témoigne les nuances de graves sur « Choked », tout en descentes acides et noisy le long d’un inquiétant précipice. Des dissonances aussi lourdes que fragiles claquent à la face dès le début de la face B, tout aussi intense. Et quand ça part punk rock, comme sur « Black Hole », c’est pour mieux nous surprendre avec un break surprise, fou comme un vrai-faux coup de mou d’Hussein Bolt en plein 100m. On arrive déjà à la fin du disque avec « Inflicted » qui cultive la tension avec maestria (malgré un son de synthé un peu zarbi). Ce « Heavy Breathing » est excellent de bout en bout (ils ont même pensé à la « respiration forte » sur le endless loop), ne vous en privez pas!

 

Gary Wrong Group « Knights of Misery » 12″ (Jeth-Row / Total Punk)
Un coup d’oeil à l’insert et on reconnait illico quelques figures connues: Captain Beyonce de Wizzard Sleeve et Martin Quintron de Mr. Quintron & Miss Pussycat. Il paraît qu’il y a aussi un mec qui joue dans Demons, un side-project de Wolf Eyes. Bref, Gary Wrong Group n’est pas là pour rigoler. C’est du punk déviant, poisseux, collant, un truc humide qui te file un coup de chaud direct. D’ailleurs ça commence tout de suite au niveau du bide avec « Post Natal Pre Death » (pour les nostalgiques du « Make The World Go AWay » de Wizzard Sleeve). Et puis ça file vite entre Chrome pour le son et Eyehategod pour l’ambiance, avec toujours un côté bien lourd, sudiste, sataniste et jouissif. Le chant est tellement vicieux qu’il filerait des frissons au plus dangereux taulard reclu dans son couloir de la mort. Face B et on tombe sur « St Theo », slow-banger torride propulsé dans un bayou en feu par un Quintron survolté. On ne respire plus, on suffoque. Les mecs ont méthodiquement préparé ce disque comme un braquage imparable. »Pollen Christ » maintient la charge explosive armée sous notre nez dégoulinant. Plus moyen d’en échapper: on suinte maintenant des litres de malin en se déhanchant à l’infini dans un bouge crasseux. Et on se termine dans l’hyper-espace avec une reprise complètement allumée de « Streets of Iron » des Bad Times (le fameux groupe qui rassemblait Jay Reatard, King Louie et Eric Oblivian). Bref, vous l’avez compris ce « Knights of Misery » est un brulôt en provenance direct de la Nouvelle-Orléans, chopez le au plus viiiiite!

 

The Sleaze « Tecktonik Girlz & Other Hits » 12″ (Total Punk)
Après quelques singles qui ont fait jouer le bouche-à-oreille, ce jeune groupe punk de Minneapolis sort enfin son premier mini-album. Son trash, voix grave, compos hyper accrocheuses: ces djeuns semblent ressusciter le punk imparable des compiles Killed-By-Death avec une facilité déconcertante. Au delà cette approche décomplexée, The Sleaze sait crachoter des mélodies (« Because of you »), pousser l’intensité dans des extrêmes dangereux pour leurs cordes vocales (« Live Wire ») et garder la moue haute avec une chanson intitulée « Big Azz Buttz ». En début de face B, leur « Conor Start » est un brulôt trash de première catégorie, du Terminator-punk immortel. Les gars savent même varier un peu les plaisirs comme le prouve le presque power-pop « Too close to home », le groove calciné de « Birdies » et le hit post-apocalyptique « Tecktonik Girlz ». Encore un disque killer sur Total Punk et un groupe à suivre de près!

 

MX-80 Sound « Hard Attack » LP (Superior Viaduct)
Superior Viaduct continue son excellent travail de réédition avec le premier album de MX-80 Sound sorti à l’origine en 1977. « Man on the move » donne le ton: grinçant. L’intensité sonore est là aussi: « Kid Stuff » est parcouru des incroyables secousses orchestrées par Dale Sophies et Bruce Anderson alors que le chanteur Rich Stim fait son numéro provo avec l’aplomb des plus grands. « Fascination » et le disque nous ronge déjà le cerveau à une vitesse phénoménale. Le groupe de Bloomington (Indiana) semble alors réduire le tempo sur « Summer 77 » mais ce n’est qu’une ruse: un pied de nez total à tout psychédélisme estival. Si on ne peut nier des influences jazzy/prog ou proto-hard – comme en témoigne « PCBs » par exemple – cela ne se fait jamais au détriment des compos, accrocheuses et punk en diable. Cela dit le versant jazzy foufou est clairement assumé comme le prouve un morceau comme « Tidal Wave » avec son sax sans laisse. »Checkmate » et la guitare devient un peu bavarde mais derrière « Fact-Facts » et son talk-over barré remet les choses d’oblique. « Hard Attack » se révèle ainsi rempli d’éclairs de folie, de cette folie du Midwest dont depuis tellement de groupes se sont inspirés. Un sommet proto-punk avec en plus des notes de pochette signées Byron Coley.

 

Mordecai « College Rock » LP (Richie)
Je croyais que ce groupe était australien mais en fait pas du tout: ils sont de Butte, Montana. C’est dire si je suis à la masse. Je ne sais pas si vous devriez continuer à lire la suite de cette chronique. Bon en tout cas Australie ou pas, quand l’aiguille se pose sur « College Rock », on se prend un souffle en pleine face. L’enregistrement est assez bizarre. Chant étouffé, parfois un peu sous-mixé, guitare souvent sur-mixée, batterie caverneuse au possible, fins de morceaux un peu mystérieuses…je ne sais pas si tout ça est volontaire mais le résultat est qu’on a vraiment l’impression d’entendre un vieux groupe proto-punk dans un enregistrement aussi hasardeux que séduisant. La guitare est épineuse et sanglante à souhait, c’est tout en feeling, genre grosse chaufferie en alcool fort dans un bar perdu où les gens passent sûrement beaucoup plus de temps à astiquer leur trente-six carabines qu’à nettoyer leurs vinyles. Je reconnais que j’ai eu un peu de mal à mettre dans ce disque mais là, au bout de quelques écoutes, ça me parle vraiment plus. Un morceau comme « Put » par exemple, le troisième de la face A, est assez épique: ça file direct quelque part entre Pere Ubu et Richard Hell. Le disque se poursuit ainsi, entre sauvagerie et élégance (« Space Between ») avec même parfois une sorte de groove nonchalant plutôt addictif (le splendide « Scuzz », le remuant saxo de « Dead Head »). Mordecai impose un rythme à lui, quelque chose de personnel et suprenant, sonique, barré, bien senti. Au final ce « College Rock », leur deuxième album, s’avère un grand disque, celui d’un talent brut qui ne demande qu’à exploser et un truc que vous ne pourrez jamais apprécier en MP3.

 

Räjäyttäjät « s/t » LP (Dead Beat Records)
Je suis tombé sur ce groupe finlandais un peu par hasard et je ne suis pas déçu. Apparemment il s’agit là de leur premier album mais il y a eu pas mal de singles et des K7 sur le label TNT. Label bien nommé puisqu’on est là sur du punk rock totalement explosif, mêlant sauvagerie stoogienne, racines blues et coups de folie cartoonesques (il y a un interlude assez suprenant sur la face A, je ne savais plus trop si c’était du finnois ou du japonais). En direct de la forêt finlandaise, à écluser de la « Lapin Kulta », les Räjäyttäjät ont mijoté un disque qui est clairement là pour nous ébouillanter vivant. Prenez le début de la face B par exemple: ce délire sonique tient autant de GG Allin que de Guitar Wolf. Sauf que juste derrière, ils balancent une sorte de psych-punk bluesy qui botterait bien les nostalgiques des Bassholes. A force de chasser l’ours brun à mains nus, le groupe a cultivé une approche crue qui sait manier le contre-pied-de-nez comme personne. Ce qui leur permet de sortir un bon vieux rockab endiablé quand ça leur chante. Un disque de fêtards totalement enthousiasmant et je serais curieux de voir ce que ça donne sur scène!! A noter qu’un autre « premier album » est annoncé aussi ces jours-ci sur label de Circle, Ektro Records. C’est très clair.

 

KissKiss Karate Passion « I can’t » LP (Les Disques Steak)
Nouvelle sortie pour les Disques Steak avec ce premier album des bordelais de KissKiss Karate Passion, groupe dans lequel on retrouve quelques figures connues de la scène locale: l’illustrateur Victor Marco, son frère ou encore le bassiste Lichen Boy (qui joue ces temps-ci dans les Complications avec Looch Magnetix et Marco Fatals). On est là face à un album finement ciselé et très bien enregistré par Lo’ Spider. Nos gaillards ont peut-être écumé les scènes punk et garage mais ils connaissent aussi leurs classiques country et mettent ici leurs rêves honky tonk sur vinyle. Une country forcément un peu branque, claudiquante comme un croisement impromptu entre Flying Burrito Bros, Viva L’American Death Ray et Hot Pants. Les compos sont très classieuses, à l’image de « The Present » qui clôt la face A (avec l’aide de Dechman à l’orgue) ou du hit « Long Hair BB » qui ouvre la face B de manière particulièrement remuante. Il faut une sacré maîtrise pour sortir des titres de cet accabit et les KissKiss épatent d’une maturité rare dans la scène hexagonale, d’autant que musicalement peu de groupes s’aventurent sur les mêmes chemins. L’ambiance générale du disque est magnifiquement relax comme une balade à cheval dans la cambrousse du Montana avec cependant quelques pincées d’amertume et quelques coups de chaud qui trahissent la présence de nombreuses bouteilles de gnôle dans les sacoches. Très bon disque, à se procurer d’urgence!

 

Voilà, j’écoute aussi les rééditions des singles de Soda Fraise et Razar sur Sing Sing, le dernier single de Cop City / Chill Pillars sur Hozac et le 45t « Cristaux Liquides » de François de Roubaix sur Born Bad.

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