Wearing the killer

Plastobeton/GLU « s/t » split LP (Pouet! Schallplatten)
Le tant attendu retour vinylique de Plastobeton, l’un des meilleurs groupes de la Grande Triple Alliance de l’Est. Un trio de force qui est avant tout une association parfaite: d’un côté Sid, chanteur possédé qui donne à Plastobeton toute son intensité, de l’autre Nafi et Guillaume, duo infernal et surdoué, à l’origine – ensemble ou avec d’autres complices – d’un paquet de groupes enthousiasmants (A.H Kraken, The Dreams, Feeling of Love, Scorpion Violente, etc.). Le niveau d’excitation est donc au maximum quand l’aiguille attaque le premier morceau. La tension est là. On se fige, on se crispe, on accumule les rictus pre-libérateurs. Deuxième morceau. La boîte à rythme lâche un mid-tempo secoussé, le synthé grimpe déjà les escaliers en secret d’une guitare scintillante. Et le texte nous fume à la face. Pris dans cette radicalité si évocatrice, on sait que Plastobeton est bien là, de retour, à nous balancer des « remember » comme Mesa of The Lost Women. Troisième morceau. Le rythme s’accélère. La lame de guitare glisse-saccage des balafres à même l’âme, ça pisse de l’interlope, ça jute du concentré de transgression brute. Quatrième morceau. Celui là je l’écoute en boucle. C’est un HIT en bunker armé. Un de ces trucs qui va nous faire danser longtemps dans toutes les obscurités en espérant tout oublier, en espérant qu' »il ne reste plus rien ». On espère, malgré tout, que ce retour fracassant n’est pas un testament et que Plastobeton reprendra bientôt le chemin des concerts. Sur l’autre face du disque, les vétérans bordelais de GLU nous ont mitonné trois morceaux de leur sombre poésie sonique. Le troisième morceau est le plus dense et le plus prenant, une histoire de « machine » qui nous monte au cerveau, qui fouette de l’humide à en faire crouler les murs. Vivement qu’ils nous fassent une tournée avec les Subtle Turnhips, tiens. En tout cas un split LP de très haute volée et je vous laisse découvrir les pochettes (il n’y en aura pas deux identiques!).

Video « Leather Leather » LP (Play Pinball!)
Objet d’un intense bouche-à-oreille ces derniers mois, le premier LP de ce jeune groupe punk-rock texan arrive enfin sur ma platine. Formé par des membres de groupes comme Wax Museums, Bad Sports et autres Silver Shampoo, Video – à l’instar d’OBN III ou Useless Eaters – s’ancre énergiquement dans une nouvelle scène qui veut en découdre. Le son est sale à la Killed BY Death et l’effet sur la voix met vite en tête ces fous furieux des Spits. « Leather Leather », morceau qui donne son nom à l’album fait fortement penser à ces derniers: du punk-rock à tombeau ouvert qui sait ménager les tempos pour mettre en avant les postillons du chanteur et une guitare-ferraille hyper acérée qui suinte le tétanos. Mais alors que les Spits excellent dans l’exercice de style Ramones/Devo-esque poussé à son extrême, Video préfère une approche plus large et des compos plus variés, tout en gardant la hargne d’un Daily Void ou d’un Destruction Unit. Un morceau comme « Red Pills » qui clôt la face A en est une bonne illustration. La face B est particulièrement tonitruante, entre un « The Husband » ponctué de « haaaaaaaaa » quasi-hooliganesques, un « Prison » bien tranchant et un dernier morceau « Any worse? » totalement bouillant avec une guitare qui frétille en roue libre.

Destination Lonely « Kiss or kicks » 12″ (Les Disques Steak)
Deuxième sortie vinylique de ce groupe (après un 10″ « Fun is dead » sorti en 2009 sur Nasty/Sentenza) formé par Marco des Fatals et qui compte maintenant dans ses rangs Vince (un autre ex-Fatals) et le batteur de Hoodlum. Ce « Kiss or kicks » est un mini-album de 6 chansons – enregistrées à Perpignan par Guillaume Picard des Bellas – sous une belle pochette en noir et blanc signée par l’artiste bordelais Victor Marco. Le disque alterne habilement des uppercut garage punk saignants avec de superbes balades Oblivian-esques comme savaient si bien le faire les Fatals (souvenez-vous de la compilation « Love killed my brain » sur Nasty justement). Si je ne me trompe, le nom du groupe vient d’un morceau de Cheater Slicks et on retrouve d’ailleurs ici, comme chez les vétérans de Columbus, cette même capacité à construire des chansons aussi lentes que pernicieusement sauvages. A mon sens c’est la face B qui est la plus réussie: après un instrumental qui donne le ton (une reprise de « The Axeman Cometh » de Billy Childish & The Black Hands), on tombe sur la grosse pépite du disque, une ballade crève-coeur intitulée « So Blue ». Le genre de chanson que j’écoute en boucle. Tout est parfaitement articulé mais on devine en permanence une sauvagerie intérieure, un je-ne-sais-quoi qui brûle des deux bouts et propulse ce « So Blue » au firmament des chansons qu’on n’oublie pas. Le groupe nous achève ensuite avec un violent « That’s all », envoyée pied-au-plancher avec un savoir-faire certain. Une belle renaissance pour Destination Lonely, on attend maintenant la suite!

Black Humor « Love God Love One Another » LP (Superior Viaduct)
Réédition de cet album de 1982 du groupe Black Humor de San Francisco. Un groupe de lunatiques frappadingues qui versent dans le hardcore punk tendance noise destructrice avec des paroles bien salées, clairement conçues pour mettre un bon group coup de godasse boueuse dans la fourmillière et secouer les conformismes en vigueur à l’heure de Reagan. A l’époque, quelques punks un peu sectaires avaient d’ailleurs fait une écoute sans doute trop rapide des morceaux et vite traité le groupe de réacs. En réalité, Black Humor était une groupe engagé et provocateur, dans le meilleur sens du terme. Fidèles au nom du groupe les textes font preuve d’un humour noir dévastateur sur des sujets aussi graves que le racisme, l’antisémitisme, la violence ou la guerre. Et ils égratignent aussi bien les hippies que les punks. Musicalement aussi, Black Humor surprend à plusieurs reprises, s’éloignant radicalement du format punk rock pour une sorte de minimalisme proto-electronique, bricolages bruitistes ou enregistrements détournés qui contribuent à donner du poids à la façon dont ils interpellent les auditeurs. Certains morceaux sont même totalement perchés, comme ce « Burn the welcome mat » sur la face B. Virtuoses virulents sans cesse sur la corde raide, les Black Humor ont sans aucun doute ouvert la voie pour à longue lignée de groupes américains (de Butthole Surfers aux A-Frames) qui adorent que leurs gribouillis dans la marge débordent de partout. Aussi ce « Love God Love One Another » est plus que jamais indispensable et je ne saurais trop vous le recommander.

Freiwillige Selbstkontrolle « Stürmer » LP (A-Musik)
Encore une belle réédition d’un disque de 1982, cette fois d’un groupe post-punk allemand relativement peu connu mais totalement enthousiasmant. La réédition de A-Musik comporte un copieux livret intitulé « Musik Gegen Musik » mais comme celui-ci est en allemand, j’aurais bien du mal à vous le résumer. En guise d’introduction, on peut ici préciser que le groupe est originaire de Munich et qu’il était signé sur le label Zickzack (à qui l’on doit aussi des disques d’Einstürzende Neubauten, Die Tödliche Doris, Die Krupps ou Palais Schaumburg). Les compos font preuve d’une belle liberté, caractéristique de la scène underground du mouvement Neue Deutsche Welle (NDW). Si il y a quelques morceaux post-punk versant pop tendance Delta 5 ou Mo-Dettes, comme « Hallo Wie Gehts » ou « Was kostet die Welt », d’autres s’avèrent être nettement plus sur le versant proto-électronique/expérimental. La frénésie minimaliste de « Lesekirkel Melodie » par exemple rappelle le meilleur de la scène « Kassettentäter » dont nous avions déjà parlé par ici. Ainsi Freiwillige Selbstkontrolle adore se mettre se mettre en déséquilibre en enchaînant un morceau punk-wave endiablé (« Verbotene Früchte ») avec un autre nettement plus déstructuré et jazzy (« Wir gehen in den zoo »). C’est là tout le charme de ce groupe que je vous invite à (re)découvrir.

Hoodlum « H » 12″ (Killed By An Axe)
Premier disque de ce nouveau groupe de Bordeaux dans lequel on retrouve notamment des membres de J.C Satan et Destination Lonely. Le groupe se construit un son bien chaud, entre garage rock 60’s truffé d’orgue à la Seeds et heavy rock psychédélique à la Blue Cheer. Les compos naviguent ainsi entre des morceaux clairement portés par un « riff » d’orgue et d’autres qui sont plus emmenés par les envolées freaky fuzz d’une guitare. Le mélange des deux est vraiment accrocheur et les compos sont fort bien troussées avec quelques mélodies particulièrement mémorables comme « Look at Me » ou « Rebecca ». Le seul petit bémol viendrait peut-être du chant qui est parfois un peu trop noyé et mériterait d’être un peu plus en avant. En tout cas, comme pour Destination Lonely, voici un disque tonique (sous une belle pochette également signée Victor Marco) qui laisse présager de beaucoup de bonnes choses pour la suite!

The Native Cats « Process Praise » LP (Ride The Snake)
Voilà un disque très intriguant de ce duo originaire de la ville d’Hobart en Tasmanie (Australie). Des lignes de basse absolument fantastiques enveloppent les compos du groupe. C’est totalement Joy Division-esque. Ensuite il y a parfois des petits claviers, des petites bidouilleries proto-electroniques. Et puis il y a des voix. Les gars se font plaisir. Des belles mélodies pop. Ils invitent même parfois les amis comme sur le fabuleux « Wearing The Killer », un des sommets de l’album. Parfois j’ai pensé à Githead, le groupe de Colin Newman de Wire avec sa femme Malka de Minimal Compact. Il y a un peu la même envie folle de sortir des sentiers battus et de se rouler dans l’herbe pour voir où ça les emmène. Mais bon c’est surtout pour le plaisir de citer un autre groupe que j’aime bien. Il y a quelque chose d’à la fois spacieux et classieux dans la musique de Native Cats. C’est un disque, c’est une clairière dans une forêt. Et puis il y a un chant qui sait trouver la bonne distance: ni trop éloigné / distant, ni trop soufflé à la face. Ils sont bien de Tasmanie mais comme le précise leur label, ils n’étaient pas complètement coupés du monde au moment de l’enregistrement (« jamais à plus de 10 minutes d’un panini et d’un cappucino »). On devine aussi chez eux comme chez leur label (américain pour ce qui est du LP), un sens de l’humour finement ciselé. En somme un disque magnifiquement artisanal. Ah oui et le mastering est signé Mikey Young d’Eddy Current Suppression Ring (qui est vraiment partout).

The Pheromoans « Darby, Joan & Fosters » LP (Clan Destine)
Ce qui est bien avec les Pheromoans c’est qu’on ne sait jamais trop à quoi s’attendre. Ce groupe post-punk anglais prend en effet un malin plaisir à brouiller les pistes, à faire croire qu’ils ne savent pas jouer. Mais à ce niveau là ce disque montre tout de même qu’ils ont franchi un cap en terme de « professionnalisme » (au moins dans l’enregistrement). Même si cette notion a sans doute une signification très particulière chez eux. Ne vous attendez tout de même pas à quelque chose qui « tienne la route ». Non, les Pheromoans aiment trop les voix de traverse, les détours. Ils ont (plus ou moins) cultivé depuis leurs débuts ce côté bancal comme un pied-de-nez permanent à ceux qui recherchent des groupes « en place ». Mais maintenant ils excellent tellement dans l’art du déséquilibre, que l’amateurisme brut de leur premier disque n’est plus forcément le premier qualificatif qui vient à l’esprit à l’écoute de leurs disques. Celui-ci en particulier. C’est qu’il y a tout de même derrière tout ça, de réelles compositions de funambules et des textes tellement pince-sans-rire que ça fait mal. « Darby, Joan & Fosters » par exemple, le morceau qui donne son nom à l’album, n’est pas loin d’être un véritable hit DIY: une petite mélodie de guitare claire en pointillé, basse et batterie discrètement efficaces et un chant qui n’a pas l’assurance déconcertante d’un Mark E. Smith mais qui rivalise tout de même de nonchalance comme aux meilleures heures des compilations Messthetics. Le morceau suivant est d’ailleurs simili-jazzy, point trop n’en faut dans la hit-machinerie: le dilletantisme est un naturel incontrôlable, c’est ce qui le rend aussi appréciable. La face B n’est pas en reste avec notamment l’acid-folk mutant de « The Bovril Boys », particulièrement intriguant. Encore un grand disque de cette mauvaise troupe qui avance en biais et à pas de géant.

Ranx/Xerox « s/t » LP (Make A Mess)
Bon je ne sais pas grand chose de ce groupe de San Francisco. En tout cas ce premier album sorti il y a quelques mois a été l’objet d’un intense bouche-à-oreille. Ranx/Xerox tranche des chansons post-punk anguleuses (je crois que c’est le terme d’usage), des petits trucs qui gratouille et qui chatouille. Quand la guitare se fait moins râpeuse, c’est pour mieux laisser la place à une basse sournoisement reptilienne qui étouffe autant qu’elle donne l’illusion de l’espace (« Nausea »). Les paroles sont délicieusement abstraites, on est dans une réalité qui glisse, se rompt. Les éléments se muent, se transforment lentement et basculent dans un état insoupçonné qui, souvent, interroge ou effraie. Il y a là quelque chose sur l’horreur de la passivité. Quelque chose qui est en intraveineuse dans la musique de Rank/Xerox avec pour effet de la rendre hyperactive, frénétique, incontrôlable. Mais, contrairement à ce que pourrait laisser croire son nom, Rank/Xerox ne duplique pas ses compos d’une chanson sur l’autre et aime la variation des constructions, des angles, des espaces. Ces petits riens s’accumulant, ils créent parfois de véritables pépites comme ce « You might  follow », acide, violent et à la granularité inédite. En réalité, on a l’impression que le groupe a essayé beaucoup de choses en studio avec le brillant ingé son Eric Bauer (et son complice de longue date Ty Segall). Au final un premier album convaincant, beaucoup plus aventureux qu’il ne peut paraître aux premiers abords.

Total Control « Henge Beat » (Iron Lung Records)
Après quelques singles voilà enfin le premier album de ce groupe de Melbourne formé par des membres de UV Race et Eddy Current Suppression Ring, tous deux symboles de l’effervescence actuelle de la scène musicale australienne. L’intense « See more glass » qui ouvre le disque est un empilement compact de froideur synthétique, tension bruitiste maîtrisée et chant distancié, un carton d’invitation sobre mais épais pour passer de l’autre côté du miroir. C’est dans une folie Devo-esque toutes guitares dehors que nous sommes alors accueillis avec un enthousiasme ébouriffant. Le diablement accrocheur « One more tonight » nous donne vite des suées: l’ambiance est électrique et on suit les néons qui clignotent vers ce qui ressemble à une étrange fête foraine (à moins que ce ne soit que quelques guirlandes aux couleurs vives dans un casse auto). On croise un Brian Eno le regard haguard sortant d’un petit chapiteau d’où s’évade une mélodie glaçée. L’endroit est quasi-vide mais dans une semi-obscurité on découvre entre quelques massifs caissons de basse, d’immenses hologrammes représentant des bâtiments métalliques aux contours aiguisés. Déambulant au coeur de cette géométrie acide, on finit par constater médusé que l’une de ces architectures est bien réelle. Son intérieur enfûmé dévoile une incroyable collection de dolmens et de menhirs d’un gris profond sur lesquels sont disposés des centaines de bougies vacillant au son d’un vieux Swell Maps. Accroché par une telle installation on vire dans la salle à frissons au son de l’épique et épidermique « Carpet Rash » qui fait chavirer corps et esprit et les échoue sur de nouveaux rivages. Un nouvel environnement s’ouvre alors à l’écoute de la comptine retro « Shame Thugs », immédiatement secouée par le synth-punk vrillé de « No Bibs » dont les bleeps font écho à l’ironie suitante d’un refrain en forme de « ah ah ah ah ». Définitivement désemparé on en vient à suivre la consigne Jason Pierce-ienne du sublime « Meds II » à savoir: « take pills to remember to take pills to forget ». Dès lors tout semble aller mieux et on scrute les astres sous un nouveau jour. Chaque scintillement de la grande coupole est une connexion neuronale rétablie. On balaye, on n’anihile des poussières d’idées noires sur la chaude rythmique kraut-wave de « Love Performance » qui clôt somptueusement ce disque aussi versatile que réussi.

The Rebel/Year of Birds « Pre-Pub/Blocker For Coinslot » split LP (Ack! Ack! Ack!)
Diable, voici déjà un nouveau disque du Rebel après le « Five Year Plan EP » et le split avec Bomber Jackets l’an dernier. Les deux premières chansons en forme de comptines electronico-folk acides – l’une rapide, l’autre plus lente – sont excellentes. La deuxième a pour refrain « I’ll fuck anything that isn’t nailed down ». Mais j’aimerais m’arrêter sur la troisième, c’est un peu l’enquête de cette édition. Il y a pas mal d’écho et une sorte d’enchevêtrement comprenant boîte à rythme, claviers, guitare acoustique et cordes (oui, oui). Un enchevêtrement dont il a le secret, bien sûr. C’est très intriguant. Voilà, c’était l’enquête de cette édition. Passons au quatrième morceau, si vous le voulez bien. Il s’agit d’une reprise d’un morceau traditionnel intitulé « Hard times of Old England » et ça semble bien coller avec le thème de cette EP qui est le PUB. Oui le PUB anglais. Il a même bricolé une fausse « newsletter » de PUB à l’arrière de la pochette, c’est particulièrement caustique. Le cinquième morceau possède un petit clavier à la Stereolab, tout gentil. Mais la construction est complètement vrillée: on titube avec bonheur sur des breaks inattendus, claquements bizarres en arrière-plan et finish minimaliste au piano. Sur l’autre face, le groupe Year Of Birds, de formation plus classique (2 guitares, basse, batterie), dévoile une noise punk lo-fi de bonne facture avec un fort effet sur la voix et des chansons envoyées en 2mn max. L’ensemble est un peu inégal mais certains morceaux, peut-être les plus mélodiques ou les plus excités, se détachent (« Griever Seeks », « Bunkered », « Privacy Laws », « Great Plunges ») assez nettement. En tout cas un nouveau label à soutenir sans tarder car le disque est limité à 250 copies.

Terrible Truths « Patterns » EP (Small Town City Living)
Voici un jeune trio australien, originaire d’Adelaïde et formé en 2010. Ce premier EP est sorti il y a déjà un an mais n’atterri que maintenant sur ma platine. Il témoigne de la vivacité de la scène australienne actuelle (Native Cats, Bitch Prefect, Woolen Kits, Royal Headache, Blank Realm, Chrome Dome, Repairs, Peak Twins et j’en passe). La face A est assez épatante, en particulier la deuxième chanson, « Lift Weights » avec cette étrange association entre la voix grave de la chanteuse Rani et une entêtante mélodie à la guitare. La voix de Rani explique peut-être aussi pourquoi la guitare aime tant titiller les aigus comme sur ce « Diamond » aussi bref qu’accrocheur. Un chant qui sait d’ailleurs se faire plus éloigné de temps à autre pour mettre en avant le feu de chansons taillées dans le brut qui inventent une sorte de pop rêche particulièrement attrayante. Le groupe sortira bientôt un split 45t avec Hissey Miyake sur l’excellent Bedroom Suck Records et une K7 sur un label américain.

Destination Cervo « s/t » 7″ (Ils Disent Que)
Premier 45t de ce nouveau groupe formé par Marion et Alexandra, rescapées du trio niçois Dead Clodettes. La comparaison avec ces dernières étant quelque peu difficile à éviter, on dira simplement que les enregistrements semblent ici un peu moins lo-fi. Après on retrouve ces chansons qui nous prennent à la gorge, qui tentent plein de petites choses a priori anodines mais qui contribuent largement à la qualité des compos. Par exemple sur « I’m gonna take the train destination to you brain », il y a cette pause, ce souffle-break dans le morceau qui lui donne de l’altitude (à l’image de la pochette, une photo prise d’avion). Sur « In case of emergency », il y a aussi des breaks-respirations, des breaks-refrain, toutes sortes de micro-cassures qui retiennent la guitare, comme on retient un animal excité. C’est qu’on parle de guitare-tronçonneuse, pas bavarde mais bien saignante quand elle est lâchée! Au final deux morceaux plutôt courts mais très inventifs et totalement addictifs!

Jack Ruby « Hit & Run » 7″ (Saturday)
Beau travail du label parisien Saturday Records qui est allé dénicher ces enregistrements de 1974 de Jack Ruby, un obscur groupe proto-punk originaire d’Albany dans l’état de New-York. L’étonnant « Hit & Run » démarre de façon très stoogienne, basse en avant et dérive rapidement dans un abrasif maelström de guitare bruitiste, comme un avant-goût visionnaire de la scène no-wave qui allait se développer plusieurs années après. Confirmant l’attrait du groupe pour l’expérimentation, la face B « Bad Teeth » est complètement destructurée, chaque musicien semble en roue libre, tout virevolte comme une bataille à la casserole dans les cuisines d’un grand restaurant. Un excellent 45 tours qui s’avère le complément indispensable au CD sorti récemment par UgExplode Records.

Ronux/Pierre & Bastien split 7″ (Killed By An Axe)
Enfin la sortie vinylique posthume de Ronux! Si vous ne connaissez pas ce groupe parisien, il s’agissait d’un trio d’activistes punk comprenant le chanteur de Flytrap (vous savez le groupe qui faisait toutes les premières parties il y a 10 ans), celui de Bobpopkillers et le meilleur batteur de la place de Paris (qui a joué dans un paquet de groupes et est également fondateur du label Killed By An Axe et nouvelle recrue de Pierre & Bastien). C’est bon, vous suivez? « Crin Crin » donc. Une chanson quelque part entre Pussy Galore et les débuts du Jon Spencer Blues Explosion, c’est cru, c’est carré, c’est crado, c’est tonique, ça fait du bien! Pierre & Bastien c’est encore une autre histoire. Probablement l’un des meilleurs groupes punk rock du bassin parisien. Voire de la Beauce. « Couple » c’est un de leurs hits: ça cause de couple new-age, d’homme (pas Homs), de femme. Il y a un riff de guitare génial. Il y a des « Uhhhhh » avec de l’écho, des « Femme » avec de l’écho, des « Homme » avec de l’écho et plein d’autres trucs encore. Oui c’est un HIT comme leur « RMI » ou « No Sex ». Au final un split bien killer à se procurer d’urgence!

Gabriel Bruce « Sleep Paralysis » 7″ (Off Modern)
J’ai découvert cet artiste anglais un peu par hasard sur l’Internet. Il me semble bien qu’il s’agit là de son premier single. Et c’est un livre-disque! La chanson-titre est consacrée au phénomène de « Sleep Paralysis », un état entre le sommeil et l’éveil. Il y a donc un beau petit livre en format 45, bien illustré, avec des textes de Bruce là-dessus, sur ce qu’on ressent, sur la sensation, sur la mort, sur le sommeil. C’est à la fois une curiosité scientifique et un sujet purement poétique. Et la chanson en est le parfait prolongement. Gabriel Bruce a une belle voix grave à la Nick Cave. Le morceau est intimiste, doux d’abord, plus enflammé ensuite après un break savamment amené. On retrouve l’orgue sur le « No Love Lost » en face B. Un titre sombre et prenant qui clôt de belle manière ce beau single.

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