Oh Well

La fermeture de Megaupload: ça ne me fait pas grand chose. Certes c’était un site tiers d’hébergement un peu plus « qualitatif » (avec des gros guillemets) que d’autres, c’est-à-dire un peu moins agressif au niveau des pubs. Mais il existe encore plein de sites de ce type. Et puis il est toujours possible d’avoir son propre serveur pour héberger des musiques ou des films.
Qu’on ne me fasse pas croire que Megaupload permettait aux internautes une découverte par jour…Ce genre de site n’a fait que généraliser une approche consumériste de la musique: vite téléchargée, vite chargée sur son Itruc, vite écoutée, vité remisée sur un disque dur aux énormes capacités de stockage. Ce n’est que rarement que la musique est vraiment digérée et appréciée par ce biais là. La musique est peut-être partout, l’envie de découvrir est peut-être plus forte mais on a oublié que la musique touche au fond de l’âme (et si ce n’est  pas le cas, à mon avis ça n’en est pas). La musique peut être à la fois superficielle et immensément profonde. Face à une approche uni-dimensionnelle, aujourd’hui largement répandue, certains sites se veulent défricheurs: ils apportent du contexte, des opinions, des relations…ils veulent redonner à la musique son aspect fondamentalement multi-dimensionnel (aussi laid que puisse être ce terme). Ces sites, je pense à Mutant Sounds par exemple, j’espère qu’ils continueront malgré tout, soutenus par leurs admirateurs quotidiens.
Pour ce qui est de la masse des blogs et sites « musicaux » qui distribuent du MP3 à tout-va comme produit d’appel, peut-être que ça leur donnera un peu à réfléchir sur leur boulimie numérique (dont votre serviteur reconnaît bien volontiers être parfois victime). La multiplication des fricotages entre blogosphère et presse musicale « traditionnelle » n’a fait qu’affadir le contenu général de ces deux « medias ». Chacun se copie allègrement. La pulsion d’imitation revient au galop est les phénomènes moutonniers se multiplient. Il n’y a qu’à lire les tops de fin d’année 2011: si vous n’avez pas aimé le disque de Real Estate, c’est que vraiment vous êtes un looser (alors que comme le disait mon pote Bernard l’autre jour, « leur premier disque est largement meilleur »).
L’uniformisation est là, preuve que la distribution numérique – maintenant présente à grande échelle – a plus que jamais de besoin de véritables positions éditoriales (j’emploie les termes d’usage des professionnels de la profession). Pour cela, il ne faut pas compter sur le système « Itunes »: s’il donne l’impression d’ouvrir la porte à la longue traîne par la largeur et la profondeur de son offre, ce n’est que pour mieux nous attirer dans une frénésie consommatrice favorable aux locomotives habituelles, sur-marketées.
Quelle place dans tout cela pour tous ces labels indépendants – en France comme à l’étranger – qui se battent pour défendre et faire connaître les artistes qui leur titillent le fond de l’âme? Il vous faut des noms? En voilà quelques uns, à la volée: Bruit Direct, Les Disques Steak, Killed By An Axe, Pouet! Schallplatten, Tanzprocesz, In The Red, Hozac, Light In The Attic, Kill Shaman, RIP Society, Skrot Up, Load, Convulsive, Siltbreeze, Last Laugh, Mississippi Records,  Honest Jons, Finders Keepers, Volar, What’s Your Rupture, Savoury Days, Goner, Trouble In Mind, De Stijl, S-S, Sweet Rot, Columbus Discount et beaucoup d’autres.
Et comment faire en sorte que les artistes ne se trouvent pas perdus dans tout ce bordel? Ils sont maintenant courtisés par des nouveaux vautours qui se la jouent  marchands de rêves et qui n’ont évidemment rien à faire de la « profondeur » de la musique: je veux parler des opérateurs télécoms, constructeurs informatiques, marques de boissons ou de sport et autres boîtes de licensing. Face à ces vieilles ou nouvelles sirènes et dans un monde moins con, les maisons de disques « traditionnelles » se rendraient sans doute compte qu’elles ont toujours un rôle à jouer. Mais non, elles préfèrent les accueillir à bras ouverts, arrêter de signer des nouveaux artistes et , comme il y a 10 ans avec Napster et le peer-to-peer, s’entêter dans la voie de la lutte juridique (et du lobbying politique aux gros sabots) contre un « ennemi » – intrinsèquement imbattable, c’est le propre d’Internet – à fermer Megaupload et à faire croire qu’elles ont tout fait pour développer une offre de musique légale attractive (sic)…

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