Des machines dans les yeux

V/A « Tarantisimo Summit Volume 2 – Solitary Mutant Series Part One » LP (Bat Shit)
C’est un vinyle couleur grenadine. Une compilation. Une sur-pochette, une pochette, un insert. Il semblerait que ce soit le deuxième volume. Le tirage est assez confidentiel…On retrouve sur ce disque quatre projets solo. Quatre tarés qui prouvent que le Midwest reste une terre incroyablement fertile pour les déviances musicales les plus abouties. On se sait pas trop qui fait quoi dans quel ordre. En fait je n’ai pas vraiment cherché à savoir. On est happé. Il y a Jimbo Easter qui s’était fait connaître notamment dans les Piranhas, l’un des meilleurs groupes du label In The Red. Il y a Timmy Vulgar des Clone Defects et de Human Eye, le roi des freaks, un type charismatique, une tornade. Et puis il y a deux anciens Functional Blackouts, combo punk rock fracassant, qui jouent maintenant dans Daily Void: Mac Blackout – qui fait aussi une carrière solo – et Christopher Ilth – à qui on doit aussi une floppée de superbes pochettes. Les mecs lâchent prise, touchent à tout. De la guitare, du clavier, de la batterie. Ils s’amusent dans les enregistrements, foutent de l’écho, de la fuzz, du mystère sans le vendre comme ce putain d’ésotérisme nouveau siècle. C’est du fait-maison ou plutôt du défait-maison. Défait dans ton salon par une compile qui en dit long.

Opéra Mort « Des machines dans les yeux » LP (Bimbo Tower Records)
Battements. Malaise. Fréquences pirates. Le duo Opéra Mort plante le décor. Tout tombe, y’a le plafond qui tient plus trop. Une tache, une flaque qui s’étend. Inexorablement alors que des murmures parviennent à peine à se faire entendre dans le fracas d’un poul finissant, sur-amplifié. Méandres de l’inter-chambre, du couloir sans fin. Des murs si ronds. Des paroles si lointaines, si molles.La mort psychique est-elle au tournant ou n’est-ce qu’un jeu? Tempête d’un ascenceur étouffant. On croit prendre un nouveau départ, il y a une sorte d’annonce micro. Mais c’est peut-être aussi le chant du cygne. Des sirènes ouais. Flic ou Ulysse, ça siffle. Un néon qui déconne bien sûr. Et attention sol glissant. Les secours, la cavalerie. Arriveront trop tard, bien sûr aussi. Y’a un chat qui est là, y’a un chat qui est là. Chat du soir? Se faufile. Faux-filet, sans filet. Sans filet maintenant. Le dernier salto arrière d’une boîte qui a trop crâné. Dust to dust. Âme-robot, mort-machine. Clinique ta mère, rue de l’opéra.

Chalk Circle « Reflections » LP (Mississippi Records/Post Present Medium)
L’excellent Mississippi Records nous gâte encore avec cette première sortie vinylique du groupe punk féminin Chalk Circle qui sévissait dans la région de Washington D.C au début des années 80. Il y a un imposant booklet avec un texte signé Don Fleming. Les chansons sont des premières. D’une incroyable beauté artisanale. Elles essayent plein de petites choses, des mélodies, des sonorités. Dans un studio, dans un sous-sol, il se passait quelque chose. Une force à la fois fragile et sûre. Des chansons, des échappées brutes, ébouriffantes. Un bonheur de Do-It-Yourself.

La Race « Stephan Eicher doit mourir » 12″ (Label Brique/Piou Piou/213 Records/Et mon cul c’est du tofu?/Pouet! Schallplatten)
Voilà la même association de labels malfaiteurs qui avaient sorti le premier 45t de ce fantastique groupe noise/hc aux concerts bluffants. La guitare hyper-répétitive clignote-lâche des accords hypnotiques. On est prêt à lâcher prise mais la bête se réveille soudain brutalement. Pour soudain s’essoufler de nouveau. Le chant est apoplexique. La face A ne t’emmène pas en Suisse mais dans l’hyper-espace, c’est du space chocolate. La face B c’est « File-moi 20 boules », on plaisante plus trop là. Je crois que ça va saigner un peu. C’était pas gratos le space chocolate, tu sais. Le batteur c’est un indien, il en veut à ta squaw. Descentes en piqué sur ton tipi, planque la garniture. Gratouilles acides, tu ramasses un peu la poussière. Mais au final, une belle évasion sauvage, rouge sur blanc dans l’immensité de la forêt-nuit.

Subtle Turnhips « Terd » LP (Hozac)
En activité depuis près de 20 ans, les Subtle Turnhips ont trouvé auprès du célèbre label américain Hozac un soutien de poid pour la suite de leur aventureuse carrière. Terrien, barré, transperçé d’éclairs de génie, « Terd » est un bon gros morceau de punk rock. On y navigue allègrement entre le saut-à-la-face des débuts, la classe faussement distanciée d’un Subway Sect ou d’un Swell Maps et l’intensité hardcore/noise d’un Bad Brains ou même d’un Brainbombs. Là-dessus les Subtle Turnhips ajoutent une folie de leur cru (« Frères Jourdan »!). On tombe une nouvelle fois sous le charme. Un très bon disque de plus dans leur discographie et surtout ne les manquez pas en concert!

The Dirtbombs « Party Store » 3×12″ (In The Red)
Après leur hommage-dynamite à la soul et au R&B sur le désormais classique « Ultraglide in black » il y a 10 ans, les Dirtbombs saluent sur « Party store » la techno originelle de Detroit, leur ville de toujours, sur ce triple 12″. La solidité rythmique du groupe, ses choix de reprises pointus permettent de frapper fort dès la première face avec notamment le sompteux « Sharevari », totalement obsédant. Kraut-répétitions glaciales doublées d’une boa-basse funk, kicks bien plaçés et incisions de guitare: effet monstre garanti. Toutes les reprises sont attaquées avec cette même malicieuse adresse qui témoigne autant d’audace que d’inventivité. Poussons à 11. Les Dirtbombs tiennent là leur rebond après un dernier album un peu décevant. Leur excellent split single avec le groupe electro Adult. il y a quelques années avait annonçé la couleur, Mick Collins et son crew enfoncent le clou dans l’oreille du garage-nerd puriste. Au delà de ce pied-de-nez amical, je constate surtout que le pari est réussi: « Party store » suinte la crasse folie des clubs les plus dark de la ville-usine dans lesquels les pionniers de la techno (Juan Atkins, Carl Craig…) ont fait leurs premières armes. Superbe.

The Slugfuckers « Three Feet Behing Glass / Instant Classic » LP (Insolito)
Sydney, 1979. Une envie. Des instruments. Une approche décomplexée. Slugfuckers choque, cherche les chemins de traverse, canines dehors. Un son en transgression plus qu’en agression, clavier et saxophone sont là pour le malaise. Atmosphère bancale d’un groupe qui défonce les codes, déchire les étiquettes, enjambe les murs, flambe les chapelles. Flambeau d’une riche scène post-punk locale (Systematics, Thought Criminals, Voigt/465…), Slugfuckers sait taper de la grosse basse funk malabar tout en plaquant de l’insolence en frontal, sans recherche de mélodie particulière. Rictus tic toc, un frisson bizarre le long de l’épine dorsale en forme de sabre hara-kiri. Un départ dans la brume dub du désordre. L’intensité est là, condensée dans cette réédition 180g qui s’avère fantastiquement indispensable.

Peaking Lights « 936 » LP (Not Not Fun)
Y’a du palmier cramé chez les Peaking Lights. J’ai tout de suite pensé aux Dreams, version apathique californienne. Et puis au dub, Lee Perry, Scientist, King Tubby. Le roi Tubby. La photo est jaunie au recto. Tout ce soleil qui frappe. Un son bien chaud, un souffle. Etat second. Deuxième étage? Torpeur. Trop peur? On s’abandonne, comate à la tomate. Bloody Mary qui tourne fluo bizarre. Mais y’a aussi du jaune d’oeuf là. Un jaune presque criard mais surtout hagard. Tout s’éventre au moindre écho. De la guitare en souterrain, des chambres de chant qui flottent. On barbote. Aux Barbades? Tu prendras bien un jus de grenade anti-cancérigène. C’est la Californie qui niaise. Surdose d’UV, de parano, de pots d’échappement. Du monoï sur le bitume, des amplis qui fondent. Un monde de basses, de bas de ceinture, une forte envie de 2 Live Crew.

Et puis j’écoute aussi IGNATZ, THE WHINES, BARE WIRES, la compile « Rain don’t fall on me » et puis des 45T et des K7 dont je parlerais la prochaine fois (retard).

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