Sea-Room


Ulan Bator « 2° » LP (Killed by an axe)
Avant c’était un des grands groupes du rock d’après, par ici. Mais ce disque n’était disponible qu’en CD, formal nul créé uniquement pour faire plaisir à deux lettres de l’alphabet en perte de vitesse. Sillon. Du poids de l’eau qui frappe, de roulements en traversées de filets, de murs jusqu’au saut de l’ange et les bourdonnements du vide. Emporté inexorablement par le courant, alourdi par des remontées doucereuses d’épines artificielles, c’est la grande cavalcade aquatique dans les graves. La tasse, presque. Mais sauvé d’une corde, d’un fugace grincement de nature. Tatonnements répétitifs, inlassables sur le sol fébrile pour reprendre pied. Le ciel tonne de son sombre et immense linceul. Glissement de terrain. Tout tourne, paupières à l’envers, âme en serpillière. Pieds en tête, arbres en travers. Rideau. Réveil suspendu à la lumière froide, tancé par des visions d’hiver comme un hoquet de désespoir sur la route perdue et pourtant si réconfortante.


Royal Baths « Litanies » LP (Woodsist)
Choeurs brûlés sur batterie primitive, fantômes de voix, généreuse mélodie en terrasse canardée d’une grêle de guitare…le premier album de ce groupe de San Francisco commence très fort. Des déviances écrites au citron sur une meringue de pop californienne détérrée entre deux palmiers cachou. La tension plane et tournoie sur une proie trop parfaite, dévisse un plongeon dans les bas-fonds pour remonter vers la chaleur aveuglante. Micro-aimant, coeur pulsation, guitare sur bas-ventre. Perdu dans les limbes d’un matin qui ne vient pas, dans des échos qui scient les carcasses de corps abandonnés aux tumultes des nuits du monde. Toujours là sur un bord de vague, un fond de bus à chercher l’étincelle dans un craquement de cervelle. Titubant à la sortie d’une clinique de Liverpool, cherchant des regards où se fondre, des horizons de murs qui s’étendent. Puis vient l’ascension étourdie au dessus des manières, dans l’intimité d’une souffrance qui d’une danse fluette charme et enivre sur les bords d’une platitude infinie. Blizzard de l’échappée, confusion des sens, perte du temps, de l’espace. Un album secoué et secouant.


Ty Segall « Melted » LP (Goner)
Ty gratouille, chatouille de la guitare, pousse sème un chant…et fait des miracles. Sur sa paillasse il lance son imagination sur des montagnes, des glaciers, des monts ensoleillés, des vallées, sème de la sèche et du piano du haut. Trace, fraye les chemins dans des buissons de brouillons, grince une flûte enchanteuse en fin de morceau pour de suite réveiller la disto. La rythmique claque soudain sur des présences, des souvenirs violents. Et puis on rentre dans le transistor du temps d’abord sur les bonnes fréquences avant de filer là où ne captera jamais dans des souterrains de nocturnes en gin, à portée de pêches, à portée d’iguane. On s’applique, on s’ébouriffe, on s’applique, on s’ébouriffe dans la sueur, l’exhaltation, l’excitation. Ballade en mineur sur les rives du Mississippi, la tête dans le ravin. Et fin sans fin, les yeux dans les yeux sur des magies d’impros. Des prouesses, une promesse.


Tyvek « Nothing fits » LP (In The Red)
Noir sur noir, ce nouvel album du génial groupe de Detroit cultive la frénésie contre tous les ennuis. Passion des chiffres, passion des accords descendus à tombeau ouvert. Passion des animaux, de l’animal, de son animalité. Tourner autour d’une patate, tourner autour d’une patate, tourner autour d’une patate. I want to make it with you. L’immédiat, l’inévitable, le quotidien, le prévisible, l’incontournable. La police, merde la police. La frustration, les tonnes de frustration, les décharges de frustration. L’horloge. La chaleur. La nuit. La terreur. Le futur. La vengeance au détour d’un cerveau sur des immensités glaçées. Dans la pénombre d’un regard, l’horreur d’une fenêtre devenue mirroir. Et puis un appel de l’hyper-espace en fin de face A, magique, fascinant, complètement nerd. Un truc qui colle aux chaussures, une envie pressante, une virée à 4 de la nuit sur le superbe « Underwater To ». Des gens qui passent, des connards. Un jeudi matin. Qui est qui, perdu dans le bullshit, les âmes mortes, l’architecture. Mais toujours un sourire à l’esprit. GRAND, bien sûr.


V/A Stuffs LP (Compost Modern Art)
Il y a des éclipses aussi en Norvège. En voilà une bien belle, scrutée par le label Compost Modern Art d’Oslo. Les groupes When dinosaurs ruled the earth et Sneakers ouvrent fort bien la scène, avec fracas et conviction. Bien vite on tombe sur un roulé boulé de Ty Segall puis sur la pop clair-obscur d’Agent Ribbons. Bipolar Bear fascine de minimalisme bruitiste avant de laisser place aux fulgurantes exactions anihilatrices d’un Sic Alps total. Le Dictaphone de Tours fait des merveilles en ouverture de face B suivi par De La Cave aux charmes électroniques et nordiques. Cheveu cultive le mystère d’une fête foraine dans le grand nulle part sur un instrumental. Et un grand huit lunaire de Crash Normal avant le nouveau tour-de-force de Feeling of Love, télépathie supersonique sur des rivières de feu.Fin de B tout en noise avec notamment la déstructuration post-hiver de Don Vito déchaînés.


The Limiñanas « s/t » LP (Trouble In Mind)
Un joli vinyl marbré. Voici le premier album des Limiñanas de Perpignan après 2 singles très remarqués sur Hozac et Trouble In Mind. Les instructions sont données par une voix chaude en début de face A. La fuzz est là. Danser.On plonge dans un monde vert et mauve, folie des couleurs qui explosent sur une rythmmique langoureuse. Liberté des compositions, des instruments, mélodies des drames. On lâche un coeur sur les déflagrations de « Funeral Baby ». On remue du bassin sur le spleen tropical de « Chocalate in my milk ». Avant la sitar qui clôt la « face une ». La face « Deux » cultive d’abord l’autoparodie avec « Moutain » qui fait écho à « Je ne suis pas très drogue ». Viennent ensuite les pensées crues d’une go-go girl au rythme de sang et la sompteuse berçeuse pour « l’enfant qui n’a jamais vu la neige ». La sitar revient, enrobe, enlace sur « Tigre du Bengale », autre délicieux clin d’oeil. On s’abandonne enfin aux rêves sous les étoiles avec « Got nothing to say »…les Limiñanas ont tout dit avec ce disque finement ciselé, merveille de production maison qui devrait allumer bien des feux (de Bengale).

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