DEADS

Quelques trucs que j’écoute en ce moment….

Electric Bunnies/Pink Reason split Ep (Die Stasi)
Dangereuse association de freaks déviants sur l’un des meilleurs labels du moment. Emergent de la torpeur floridienne, Electric Bunnies continue d’étendre son spectre avec un premier titre en forme de  récréation. Pas de batterie mais un ensemble de percussions en vrille , un petit piano jouet, une bruine tropicale, un défilé de couleur sur fond vert avant la sieste cotonneuse. Le titre à rallonge « Rest your head on a cloud while flower petals sprinkle from the heavens » n’a rien de hippie léthargique: la guitare est d’acier, sale, salée, incisive. Pink Reason de son côté enchaîne avec un uptempo tout en folk organique, DIY jusqu’au bout des veines. Il traine son drone également sur un deuxième titre, comme une violente étreinte qui vaut bien tous les Blank Dogs de Brooklyn.

Nerve City « I fucked death. » 10″ (Kill Shaman)
On sait peut de chose du dénommé Jason Boyer qui se cache derrière le nom de Nerve City. Une chose est sûre: il s’agit là – comme pour beaucoup de groupe de la scène DIY/punk actuelle – des enregistrements maison d’une seule et même personne. Attendez, non, ils sont deux: Ryan Parrish à la batterie. Passé l’esthétique lo-fi, on découvre des chansons de caractère, sorte de prolongement back-to-the-future des éructations proto punk minimales de quelques freaks 70s perdu dans le grand nowhere. A l’instar d’un Home Blitz, Nerve City perpétue un certain artisanat punk hérités des Gizmos et de leurs semblables.

Cecil Barfield « South Georgia Blues » (Mississippi/Big Legal Mess)
Etonnant disque de blues enregistré en 1976 par un country-bluesman vivant dans une petite ville de Géorgie. Se détachant du Delta Blues par des constructions plus variées, Cecil Barfield se distingue également par un chant qui mérite bien des heures d’écoute attentive. Les racines africaines prennent jour d’une façon inédite, la voix parfois presque aigüe indique des variations et saut d’octaves assez rares chez les bluesmen du Mississippi. Difficile ne pas être captivé dès la première écoute par ce talent unique qui grâce à deux labels essentiels apparaît enfin au grand jour.

Mike Rep « Donovan’s Brain » (Columbus Discount)
Dédicacé à Nancy Reagan, Roky et Mick Divvens, « Mr Soul of Ohio », leader du combo 80s The Boys from Nowhere, ce nouveau disque de Mike Rep a été enregistré en ’97 et sort aujourd’hui sur le remarquable label Columbus Discount. Mike Rep n’est pas né de la dernière pluie de bière: son premier single remonte à ’75. A l’instar d’un Pere Ubu, c’est l’un des grands noms du proto-punk de l’Ohio, également producteur pour Guided By Voices ou Times New Viking. Sur ce disque il nous accroche avec « Donovan’s Brain », brillante envolée folk-punk DIY en deux parties assurée de moult écoutes successives. Il nous achève ensuite avec « Ballad of Jim Croce », en clin d’oeil au chanteur 70s moustachu du même nom.

Hygiene « TV Girl » (Dire)
Premier 45t pour ce nouveau groupe anglais qui fait grosse impression. Comme les Pheromoans ou Human Hair, ces jeunes connaissent déjà tout, des compiles Messthetics à Alternative TV en passant par The Fall ou Television Personalities. Ils ne singent pas mais expirent des chansons du même esprit, soignant avec le désordre nécessaire autant la musique que les paroles. Pour vous en convaincre il suffit d’écouter le superbe « When » de la Face B, classique d’un nouvel âge.

Graffiti Island « Headhunters » (House Anxiety) / « Pet Snake » (Fin du Monde)
Première sortie vinylique pour ces rosbeefs, objet d’un bouche-à-oreille intense depuis l’an dernier et dont on vous parlait déjà dans le premier Crudités Mag. La ligne de basse monstrueuse de « Headhunters »  que vient soutenir une rythmique tiki-primitive et des paroles délicieusement déviantes est à la hauteur  de nos attentes. Il y a même ce passage où le « chanteur » ne fait vraiment plus aucun effort et se permet de parler.  A fond la flemme, à fond le flegme. S’en suit un titre Crampsien de belle facture et on termine avec le magnifiquement mystérieux « Secret Cave » et son refrain à l’orgue digne d’Anton Lavey. De peur d’en faire trop je ne dirai rien du single « Pet Snake » / « Demonic Cat » avec sa face B en peau de serpent mais je n’en pense pas moins. Vivement la suire. Encore. Encore.

The Buzzards « Shiver » (Ziti)
Fantastique nouveau groupe de Detroit formé par Joe des Dirtys et comprenant notamment l’épatante guitariste Maribel, ex-Detroit Cobras. Les Buzzards ont décidé de frapper un grand coup d’entrée avec le tout en fuzz « Shiver », check à James Osterberg avec un Jim Diamond aux manettes qui fait des merveilles. On se remue. Le « Desperate Baby » de la face B ne lâche pas la prise rhythm’n’punk sauvage. Le disque se termine même sur une belle reprise de Mouse & The Traps. Ajoutez à ça la compile « Shitfless Decay » sorti il y a peu sur X Records et vous comprendrez pourquoi Detroit fait son retour en force sur la carte rock’n’roll.

V/A The world’s lousy with ideas #7 (Almost Ready/Aarght records)
Suite de cette brillante série de compilations 45t. Ce nouveau volume est dédié à la nouvelle scène australienne. Le premier groupe est Super Wild Horses, dont on vous parlait il y a peu dans ces pages et leur « How do you sleep » réveille le meilleur des Headcoatees. C’est ensuite au tour des jeunes UV Race, cousins des géniaux Eddy Current Suppression Ring – également présents sur ce disque – et qui cette fois leur volent carrément la vedette. Leur « I’m so tired…I’m gonna be fired » tout en drill d’accords hystériques est un moment fort. Bon morceau aussi pour les Straight Arrows, plus 60s garage fuzz. Encore un sans faute pour TWLWI.

Wouded Lion « Carol Cloud » (S-S Records)
Je ne sais pas grand chose de ce groupe californien. En tout cas ce single sur le label de Scott Soriano est assez bluffant.  Sur la face A, « Carol Cloud » se construit dans une rigoureuse nonchalance à la Modern Lovers/The Clean. Il y a comme une fausse simplicité dans ce morceau qui se corse progressivement et tout en nuance. Une retenue, une élégance puissante. Mêmes impressions sur la face B avec en plus un orgue en sueur qu’on éponge très délicatement. Les blessures de ce groupe sont à suivre de près.

The Pink Noise « Gold Light » (Sacred Bones)
Ce duo canadien récemment relocalisé à Montréal est un des héros d’un mouvement proto-wave DIY en plein bourgeonnement outre-Atlantique. Sur ce nouveau single, deux morceaux étonnants. D’abord « Gold Light » ou quelques bribes d’idéal pop englouties sous une tonne de fuzz et d’effets, rehaussé par une rythmique synthétique hypnotisante. Celle là même qui sur la face B prend de l’ampleur et une dimension dramatiquement secouante. Une mélodie simplissime au mini-clavier enflamme cet hymne souterrain (« Prince Charlies Revenge ») que je me promets de passer en public dès que j’en aurai l’occasion.

Thee Oh Sees « Tidal Wave » (Woodsist)
Ce groupe est quand même incroyable. Ils ont tout. Tout est là. Des chansons à la pochette en passant par l’enregistrement. « Tidal Wave » est un bonheur de chanson printanière. Comme un girl group 60s qui frappe à votre porte à l’improviste. Même s’il n’y a qu’une seule fille dans les Oh Sees me semble t-il. « Heart sweats » est tout aussi admirable, on ne s’en lasse pas. Assurément dans le trio de tête des groupes garage actuels.


Tim Cohen « The Two sides of Tim Cohen » LP  (Empty Cellar/Secret Seven)

Premier album solo du leader des Fresh & Onlys, l’un des groupes garage pop les plus en vogue du moment. Un album de pop délicate, comme un Brian Wilson perdu dans une forêt de séquoias avec une guitare et un vieux synthé. Le soleil perce difficilement à travers les géants et la nuit apporte son lot d’envolées légèrement synthé, toujours voilé comme un vieux vélo. Rien de trop coin du feu. Un album agréable.

Cheveu « Cheveau » LP (Permanent)
C’est l’excellente boutique (et label) Permanent de Chicago qui sort ce nouveau LP de Cheveu composé d’inédits et de raretés enregistrés chez eux entre 2007 et 2008. Outre quelques classiques de leurs concerts endiablés, come « Kador du Porno » ou « Sacha » ou découvre aussi un groupe en roue libre, dans les descentes sineuses et grisantes comme dans les faux plats magnifiquement interminables (« Ballade », l’épique « Chabada », le suprenant « Touloulou »). Cheveu est en danseuse, ondulations frénétiques ou minimalistes, visant les trajectoires les plus improbables, celles qui franchissent allègrement la ligne pour titiller du gravier et de le petite verdure. A l’arrivée le buffet campagnard est de toute beauté.

Accident du Travail 12″ (Bruit Direct)
Julie Normal (du regretté groupe Crack Und Ultra Eczema) fait des ondes martenot. Olivier 2Mo de Cheveu lui donne la réplique au synthé. Vol stratosphérique autour d’une orange violemment immobile, découverte globuleuse d’un astre lointain, vertiges du néant qui nous rattrape dans un hangar abandonné, la musique d’Accident du Travail est puissamment évocatrice. Un colimaçon dans votre verre de voie lactée. Buvez donc.

The Dreams / Scorpion Violente split Ep (Hex / Enfant Terrible)
La G.T.I.E frappe encore. Dans un écrin d’un blanc religieux, Scorpion Violente entame la procession dans un claquement de chair  et sur un larsen de synthé, vite doublé d’un deuxième pour la force et pour la basse. Le deuxième morceau dresse la nappe, une mélodie distordue froisse les cordes d’un chant apoplexique. La procession migre ensuite vers les Tropiques avec les froideurs carribéennes des Dreams, entre sirènes carnaval et guitares tantôt flageolantes tantôt scie à métaux. Une mixture étrange comme un palmier qui pousse de traviole s’étale alors sur le vinyl et on mâche encore quand le disque s’arrête brutalement, nous sortant violemment de cet improbable envoûtement. Encore!!!

The Last Rapes of Mr Teach EP (Les Disques Steak)
Magnifique artwork pour le disque de ce groupe garage lyonnais qui bastonne d’entrée un « Blood of another man » à la fois chaud bouillant et blindé de réverb. « I saw a corpse », plus 60s-sautillant se rapproche des Weakends à leur meilleur. « It’s all over » est un morceau facétieux basé sur un instru qui semble tout droit échappé d’une vieille compile  « Las Vegas Grind ». Avec son refrain aussi brailleur qu’accrocheur « Gipsy Knight » s’affirme comme un clin d’oeil fiévreux aux Black Lips et clôt ce EP dense et varié, d’un groupe fêtard sans être festif (nuance!).

Mayyors « Deads EP »
Déjà causé de ces cinglés de Sacramento par ici mais ce nouveau disque, sous pochette maison grabouillis-peinture à l’eau, mérite bien d’en mettre une deuxième couche. Ces gars là visent une intensité agricole, la moissoneuse-batteuse de leur raoût cataclysmique tourne à plein régime, l’agression sonore est implacable. Ils fauchent les champs des faux avec un punch aussi puissant que précis, le KO est à l’affiche à tout instant. La face B déroule avec autant de force que d’aisance deux morceaux moins abruptes mais tout aussi ravageurs. INTENSE.

Et puis aussi WHITE WIRES, WICKED AWESOMES, la K7 de BRAINDAMAGE dans ma cuisine et les brutalissimes RUSTED SHUT en rentrant du boulot.

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