juillet 2007


Alors hier matin j’ai écouté les cinq premiers titres du dernier Electrelane et j’ai trouvé ça bien. Un bon son de batterie et des montées agréables surtout quand on marche sur du plat. Une sensation de rapidité. Probablement un peu comme l’afflux d’oxygène bonus que recherchent les méchants coureurs cyclistes. Le soir, en rentrant, j’ai écouté le reste de l’album et je n’ai pas aimé. Dans la rue, près du coiffeur ouvert le dimanche, y’avait une fille aux cheveux blonds et ébouriffés. Elle avait une dentition très carnassière et une main sur une poussette tout en parlant à une portugaise. Là déjà j’aimais plus trop les morceaux d’Electrelane. Dans le métro, une autre fille était vêtue d’une sorte de saharienne très chic. Elle avait un visage large et creux et poussait nonchalamment une de ses jambes contre une des barres verticales de la rame. Là je me suis dit c’est dommage quand même ce disque d’Electrelane. Stereolab plouf. Sleater Kinney plouf. Où j’ai foutu ce disque d’Hans-a-plast?

Quelques mots quand même sur certains concerts vus ces dernières semaines.

Le 21 Juin dans le petit bar mod “Ne Nous Fâchons Pas”, le duo heavy-garage australien Digger & The Pussycats s’est époumoné sur quelques courtes mais lourdes chansons à ressort, un peu comme si les Magnetix avaient écouté AC/DC au lieu de Link Wray…mais sans les coups d’éclair géniaux des bordelais. Les deux groupes partagent pourtant un 10″ sorti récemment sur un label de Nancy.

Après on a filé à la Mécanique pour voir les Dum Dum Boys. A l’entrée du passage Thiéré, nous assistons à d’étranges danses en pleine rue. Une ambiance de transe collective sur ce qui ressemblait à une sorte de ragga-techno futuriste, bruyant et très intriguant. Les gamins en sautaient sur les bagnoles. Comparativement l’ambiance était bien plus calme à la Mécanique. Atmosphère bien moite dans la salle et un grand show des Dum Dum Boys. Plus proto punk et moins psyché fuzz que d’habitude. Avec une paire de chansons en français plutôt convaincantes. Et quelques hits de leur cru. On remonte à l’air frais. Il y a encore beaucoup de monde dans les rues mais les gamins du Passage Thiéré sont partis.

Le 29, le Point FMR était rempli pour Liars. Belles lumières, quelques bons moments mais un show trop express pour qu’on puisse rentrer sans une pointe de déception. Un show qui n’était pas à la hauteur du grand fatras blanc organisé lors d’un concert surprise pour la sortie de leur premier album il y a quelques années au Nouveau Casino. Dommage car le groupe a pourtant évolué depuis dans une direction bien différente mais probablement plus difficile à restranscrire sur scène.

Le 14 Juillet un orgue massif et une grosse rythmique en sueur accueillent les débuts d’Hélicoptère Sanglante chez Zak. On était tout proche des palmes. Manoeuvres délicates mais captivantes, secousses sans rescousse et lentes poussées orageuses au microphone: l’Hélicoptère a réussi son bourdonnant petit tour de carrelage. Avant de se poser sur le pavé, between a rock and a hard place.


Photo: Baldo

Quelques jours plus tard dans un célèbre jardin parisien, le bouillant Mahmoud Ahmed a fait démonstration de son formidable groove à l’éthiopienne. Le groupe qui l’accompagne comprenait notamment deux saxos bien en avant et un guitariste qui -heureusement- n’a lâché son vilain solo qu’en toute fin de concert. Ahmed, très expressif, sourire aux lèvres, défie les lois de l’âge et du swing d’énergiques déhanchés, mouvements de bras et surtout d’épaules, les plus subtils et hypnotiques. Saccadée, flottante, enivrante la musique de Mahmoud Ahmed est un surprenant tourbillon soul qui semble pouvoir traverser tous les continents avec la même élégante aisance. Ne le manquez pas quand il passera près de chez vous!

Sur la platine, sous la pluie, voilà quelques disques que j’écoute en ce moment:

The Black & Whites “Fucked Up Heart” 7″ Ep sur Shattered
A la première écoute je n’avais pas particulièrement accroché. Et puis en y revenant, un peu par hasard dans un moment gris, j’ai fait “waouuuuuh” à l’écoute du premier EP des Black & Whites, un groupe d’Oxford, Mississippi. Quatre titres entre power pop/punk à la Real Kids, touchés glam très NY Dolls et quelques poussières de Big Star. “Fucked Up Heart” tourbillonne mais c’est l’imparable “Multiple Girls” sur la face B qui soulève la baraque. Le Lp arrive sous peu sur Douchemaster…

V/A Electric Mormons/Hecklers/Dead tourists/Hysterians sur Weekend
Nouvelle sortie pour Weekend records sous la forme d’une compile 45t. Comme ce sont des gens bien qui savent prendre leur temps, il n’y a rien à jeter sur celle compile. Et elle commence même par un hit: “Motard Loose” du groupe punk niçois Electric Mormons. Un titre qui n’a rien à envier aux belles heures d’Abject ou Dentiste il y a une trentaine d’années…Déjà merci pour ça. Ensuite il y a la découverte des Dead Tourists, étrange groupe DIY electropunk twisté originaire d’un petit bled dans l’Iowa…Et puis deux pépites garage: les new-yorkais d’Hecklers et les prometteurs Hysterians de San José.

Dum Dum Boys “(oouuuh j’aimerais être une) Ford Mustang” b/w “Rien” (FF Fascination)
On reste à Nice avec les Dum Dum Boys dont le dernier album remonte déjà à quelques années. Pour nous faire patienter jusqu’au prochain ils se lancent dans une série de 45 tours en français, exercice rare pour ce combo au charme mystérieux qui oscille normalement entre fuzz nocturne et electro pop remuante. “Ford Mustang” est un hit scandé aux paroles délicieusement acides, un peu comme si les Scientists se retrouvaient sur une compile Wizzz. “Rien” est également bien mijoté et j’attends donc le prochain single de la série - prévu pour la rentrée - avec impatience.

Immaterial “Drunk” Ep (Material Disc)
Premier single de ce nouveau duo electro punk parisien formé par FX (Volt) et sa complice Sandrine. Le premier titre fait penser à Volt, c’est rudement efficace. Les autres morceaux sont bons aussi, certains se détachent même du groupe pré-cité et chaque chanson semble correspondre à une idée différente. Un bon Ep DIY qui ravira aussi les nouveaux fans de Blank Dogs. Longue vie à Immaterial.

Eddy Current Suppression Ring “s/t” LP (Dropkick)
Rich de Dropkick rabat les oreilles de tout le monde avec ce groupe depuis un bon moment déjà. Bon, un gars qui a sorti un disque des Fuckin Leftovers ne peut pas avoir complètement tort. Je me suis donc procuré le Lp de ce fameux groupe de Melbourne, Eddy Current Suppression Ring, et je dois dire qu’il avait raison le bougre! Du punk rock 70s à l’ancienne quelque part entre Gizmos, Scavengers et Victims…Oui, oui le son et les chansons sont à la hauteur! Pour une fois qu’il y a un groupe australien qui ne fait pas dans le heavy punk balourd ou un enième rebiffage pseudo-swampy de Nick Cave ou Birthday Party, je dis banco.

The Company “Side Three of the moon” (Difficult Life in Mental Jail)
Ben R. Wallers (The Rebel, Country Teasers…) s’associe à Amir Shoat pour le projet The Company. Leur premier disque sous format CD incluait 99 chansons. Au bout d’un processus de sélection qu’on imagine difficile, ils sortent finalement quelques uns de ces morceaux sur ce LP. Si vous pensiez que les disques autoproduits et autodistribués du Rebel étaient difficile d’accès, vous n’avez encore rien entendu. Là ça bouillonne de partout, on entre dans le labo avec l’équivalent d’une trentaine d’expériences de savant fou en continu. Parfois on se pince un peu le nez, parfois on s’émerveille. Souvent même.

Demon’s Claws “Satan’s Little Pet Pig” (In The Red)
Depuis que Piero le fou (Mighty Go Go Players, Fatals, Jack of Heart…) a rejoint le gang de Montréal, ces derniers ont trouvé un son loose crade et classe qui doit autant à quelques obscurs pionniers country qu’à de trop méconnus groupe garage de la grande époque Crypt records (Beguiled, Fireworks, Raunch Hands…). Ajoutez à cela un soupçon de folie sixties à la Monks/Remains et vous obtenez un ensemble de chansons plutôt épatant et un album relevé qui tient bien la route. Comme les Demon’s Claws quoi.

Pissed Jeans “Hope for men” (Sub Pop)
De l’espoir pour le son noise/hardcore qui a fait les beaux jours du label Amphetamine Reptile. Non seulement ce label semble reprendre du service mais en plus Pissed Jeans est là pour semer le trouble. Un visuel épuré pour un son qui part vite en vrille. Effrontés, incorrigibles les Pissed Jeans saccagent leur premier album comme si c’était le dernier. Comme un coup de rosé en trop en plein cagnard.

Viktor Vaughn “Vaudeville Villain” (Sound Ink) / MF Doom “Mm…Food” (Rhymesayers)
Plus je réécoute Daniel Dumile plus je trouve ce type génial. Un paquet de pseudos et de disques à son actifs et là sur “Vaudeville Villain” une ambiance comics espiègle et poissante avec des productions qui tapent et un flow phénoménal. “Mm…food” est tout aussi goûtu bien que l’atmosphère qui s’en dégage soit bien différente. Bref ce Dumile vise dans…le mille à chaque coup, le plus dur est de suivre tout ce qu’il sort…

et puis Little Walter “Stray Dog Blues” (Revola) parce que c’est bien aussi.

Next Page »